Les huit gros lions de Daumesnil

Du dimanche jusqu’au samedi
les huit gros lions de Daumesnil
– oh, fantaisie monumentale ! –
bêtes en bronze, rugissent de l’eau,
qu’il fasse froid, frais ou trop chaud.

La rue Taine et la rue d’Reuilly
comme cinq autres s’arrêtent à leur pattes
des quatre coins d’la capitale
d’où vient en ronflant l’autobus
qui visite le quartier Picpus.

Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau
à quoi songent, rugissant de l’eau
– oh, fantaisie municipale ! –
les huit gros lions de Daumesnil
qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit ?

Ils s’ennuient – je crois – et espèrent
qu’un de ces quatre un dromadaire
– bestiole assez orientale –
dévale, trottinant, l’amble hardi
la courte rue Lamblardie.

* * *

Poésie z’animalière du- dimanche-mais-qui-parait-le-mercredi ; pour savoir où est la place Daumesnil (actuellement Félix-Eboué) on peut aller voir là (en zoomant) et pour tout savoir sur sa fontaine et ses pérégrinations il suffit d’aller lire là.

Et puis l’agenda ironique continue sa course folle, et ce mois-ci de juillet il a élu son domicile adoré chez Tout l’Opéra (ou presque) ; allez-y lire, allez-y jouer !

Illustration : Atget,  l’ancienne fontaine du Château d’eau, 1903-1906, Gallica/BnF

32 commentaires

  1. Bonjour.
    L’idée de faire parler les statues, j’aime. Je fais souvent parler aussi les objets. D’autant plus que dans ce cas, les liins doivent en avoir des choses à raconter depuis le temps… ah si les murs avaient des oreilles et pouvaient parler 🙂.

  2. Que d’eau que d’eau Mesnil … quitte à boire la tasse 😉

    Ou : Fontaine, je ne boirai pas de ton zoo …

  3. Tu excelles toujours dans les textes « animaliers »…!
    Comme « La Fontaine »…

    Et ce n’est donc pas étonnant que celle-ci t’inspire… 🙂

  4. Ces lions sont fidèles, et indiquent le sommet de la colline parisienne qui ensuite descend vers la porte Dorée et le lac Daumesnil où des paons font la roue comme pour un jet d’eau immobile déployé et scintillant au soleil intermittent.

    Je les ai revus il y a quelques mois et soudain, dans la montée de l’avenue vers eux, un flash me rappela à l’ordre automobile des choses : un radar planté de manière sournoise sur le trottoir de gauche avait décrété que je dépassais les 30 km/h.

    Le cirque parisien de la circulation avait encore frappé.

    Les lions s’en fichaient bien, crachant avec plaisir et constance l’eau potable à bas prix (et non captive d’un Veolia ou autre groupe prédateur), mais ils n’étaient pas vraiment paresseux : l’écologie – pas de moteur thermique caché sous leur crinière – était bien le premier de leur souci, comme celui de la lecture des fables en carnets que l’on aime, comme eux, parcourir derechef ! 🙂

    • je ne m’étais pas rendu compte que la place marque un sommet parisien ! sinon, que le cirque de la circulation parisienne ait des lions montre bien la qualité de l’attraction proposée -fantaisie municipale ! 😉

  5. Les carnets paresseux visitent la capitale… Mais je pense que le lion de la Défense à Denfert va être jaloux de ceux de Daumesnil et réclamer son petit poème pour lui aussi !

    • Je ne peux quand même pas écrire un poème pour toutes les statues parisiennes (il faudrait être poète officiel de la Ville ) !! d’ailleurs, combien sont-elles, ces statues, et combien parmi elles y a t’il des lions ?
      et puis il y a peut-être déjà quelques poèmes sur les rues et les statues de Paris ??
      mais d’accord, je vais penser au lion de Denfert.
      🙂

      • Il y a certainement des poèmes sur les rues et endroits remarquables de Paris.
        Je pense à Queneau et son recueil « Courir les rues » ou à Prévert.
        Et il y a un petit livre du même Queneau qui s’appelle « connaissez-vous Paris ? »
        Voici comment je le présente en introduction d’un des futures billets :
        « Connaissez-vous Paris? est le titre d’un jeu que Raymond QUENEAU (1902 – 1976 )  a publié dans les colonnes du journal L’Intransigeant dans les années 1936 à 1938. Il s’agissait pour le futur fondateur de l’OULIPO de poser des questions en rapport avec l’histoire de Paris, de ses monuments, de ses noms de rues, etc. Un recueil posthume hautement recommandable paru en 2011 nous propose un certain nombre de ces questions, telles que: Quelle est la rue la plus courte de Paris? ou quel est le nom de voie le plus long? »
        Ce livre est disponible chez Folio.

        • oui, il y a Queneau (on m’a offert son connaissez-vous Paris) et Apollinaire et quelques autres (Prévert, c’est sûr, et Baudelaire, forcément !) ; il faudrait faire une carte de Paris pour localiser leurs poèmes et déterminer les coins laissé en friche poétique. Cela dit, un Atlas poétique de Paris, ça doit déjà exister, non ?
          et puis il faudrait qu’ils se poussent un peu, les grands poètes de la capitale, pour me faire une petite place 🙂

      • C’est une remarque très juste 🙂 Et d’ailleurs je ne travaille pas à la Mairie de Paris et je ne touche pas de commissions sur la promotion des statues parisiennes 🙂 C’est juste que je connais beaucoup mieux Denfert que Daumesnil…

  6. nous avons habité assez près de ces lions rugissants…
    Pendant quelques années nous étions rue de Charenton avant de devenir banlieusards.

    Ton poème est extra comme tous tes textes en général!

    • Merci Mo ! je suis passé deux ou trois fois devant ces lions, et puis la rue Lamblardie m’a offert « l’argument » final 🙂 il n’y avait plus qu’à écrire les lignes précédentes 🙂

  7. N’oublions pas non plus le merveilleux « Piéton de Paris » que fut Léon-Paul Fargue (j’ai habité quelque temps avenue du Général Michel Bizot, à portée de pédales des lions assoiffés de Daumesnil… 😉

    • bien sûr ! le hic, c’est qu’il y en a presque trop (à Paris, de poètes)
      et parlant de poète et de Paris, comment dire mieux que Paul Scarron ?

      Un amas confus de maisons,
      Des crottes dans toutes les rues,
      Ponts, Églises, Palais, Prisons,
      Boutiques bien ou mal pourvues,

      Force gens noirs, blancs, roux, grisons ,
      Des prudes, des filles perdues,
      Des meurtres et des trahisons,
      Des gens de plume aux mains crochues,

      Maint poudré qui n’a pas d’argent,
      Maint homme qui craint le Sergent,
      Maint Fanfaron qui toujours tremble,

      Pages, Laquais, Voleurs de nuit,
      Carrosses, chevaux et grand bruit :
      C’est là Paris ; que vous en semble ?

  8. Tiens, voilà les lions qui songent ! J’ai vécu pas trop loin d’eux quelques années, et ne les avais jamais vraiment considérés. Heureusement que tu es là !

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