Onésime et la Baleine

Bien loin du chien Pataud surprenant deux quidams, ignorant le rêve de Thérèse, le dragon, Gaëtan, et le bal amical et masqué qui s’annonce animé, Onésime vogue sur les flots bleux : c’est le sujet du quatrième tableau qui prend la forme d’un dialogue ou plutôt de trois soliloques entremêlés.

« Caraïbes ? Djakarta ? Edimburg ? Fichtre, c’est qu’ils sont bien loin tous ces lieux exotiques. Grommelle tant que tu voudras, Onésime, en regardant la petite croix que tu traces chaque jour sur la grande carte marine qui s’étale sur la table à carte de la Baleine – joli trois-mâts pas vraiment fin comme un oiseau, ou alors un piaf ventru comme un dodo gavé d’agave – c’est toi tout seul qui a décidé de t’embarquer pour ce tour du monde en solitaire, sans savoir combien il est vaste, ce monde et désespérément lente la navigation à voile, soliloque Onésime (et qui d’autre le dirait pour lui, puisqu’il est tout seul à bord du navire ?).
Horizon mystérieux et vide qu’on croit dépasser chaque soir et que sans mystère on retrouve toujours semblable au petit matin, condamné à passer la journée entre soute et dunette en piétinant toujours les quatre mêmes planches en bois.
Idiot présomptueux, se dit-il encore, qui veut voir le monde au delà des confins – comme si les confins du monde voulaient te voir, eux ! – alors que tu n’avais même pas une banqueroute à fuir, un chagrin d’amour à étourdir ! »
-Jette donc tes imprécations et tes remords aux quatre vents des sept mers (là, c’est l’auteur qui invective son personnage), malheureux Onésime qui est parti sans même penser à ce que Xavier souffrirait, mais zieute aussi le ciel zébré d’éclairs annonçant la bourrasque prochaine et dégrouille toi de prendre un ris dans l’artimon, d’affaler la misaine, de souquer le cabestan et d’arrimer les écoutilles  (parmi les mille et mille choses pittoresques et nécessaires que doivent faire les marins pour se désennuyer sur leur petit rafiot) avant que ça se mette vraiment à souffler méchant ! »
– Krill, krill, où es-tu ? »  Là, c’est la voix muette – si on peut oser dire – d’une large baleine qui nage sous l’onde en cherchant sa pitance (en l’occcurence ce petit plancton que le biologiste marin appelle krill), et qui dans l’ombre des flots aperçoit soudain la forme longue et sombre de la coque de la Baleine, l’autre, celle dont Onésime piétine la dunette en chouinant. Myope et curieuse, la grosse bête affamée remonte vers la surface d’un indolent mouvement de son vaste corps. Nageoires battant aussi lentement que puissamment, voilà qu’elle dirige son large front bossu vers la frêle coque… qui c’est qui va être bien surpris, pris entre l’orage et le grand poisson ? Onésime !

(à suivre…)

***

Voilà le 4e épisode alphabétique (de B à O) du défi-feuilleton. Le premier épisode était là. Le second, ici. le troisième, là. Pour le cinquième (de P à  ??), c’est toujours à vous de choisir deux vignettes en les notant sur le tableau de vote (ou dans les commentaires si vous préférez), et (petit changement) de me proposer trois mots – pour cette fois on va dire un lieu, un meuble et une couleur. Bref à vous de jouer !

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Illustrations : Nicolas-François Gromort, Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie, 1837. Gallica/BnF.

30 commentaires

  1. J’suis pas trop inquiète, en général la Baleine est débonnaire, mais j’aurais bien navigué un peu plus en compagnie d’Onésime avec le savant et pittoresque vocabulaire de la mer 🙂

    • Merci Almanito ; je ne suis pas très inquiet non plus, et Onésime n’est pas encore arrivé au port (c’est là que la navigation se termine, officiellement) 🙂

      • Je n’avais pas vu qu’on pouvait proposer des mots, alors voilà, le dos d’âne pour le meuble, la couleur sang-dragon et enfin Mimizan me semble le lieu idéal 😉
        Bon courage Carnets!

  2. En effet cette balade en mer m’a plue également. Je dirais malgré tout les vignettes deux et six. Et pour les mots, je dirais le port, une commode de port, et la couleur purpurine. Belle journée

  3. C’est vrai qu’une baleine peut faire de sérieux dégâts si elle s’énerve… et pour les trois mots, je dirais Port-de-Bouc (parce que c’est rigolo), la huche à pain ou un broc (parce que éléments essentiels de vie) et la couleur mordoré(parce que c’est beau mais le mot curieux). Très belle journée

  4. Ca me fait drôle de suivre mon Onésime en observateur (observatrice). Toujours aussi impulsif celui-là !!! du coup je lui envoie l’image 2, comme lieu Carry-le-Rouet (parce que c’est proche de chez moi et que je pourrai voir la baleine) un meuble : coffre au trésor, une couleur : bleu des mers du sud 😀 mais c’est le narrateur qui décide…………

    • ramener les deux baleines quasi devant Marseille ? avec les courants, c’est un truc à double-boucher le vieux port !! mais d’accord, je note, comme ça Onésime pourra te faire coucou de loin 🙂 : )

  5. Que le grand cric me croque, jurait le capitaine Haddock. Hissez le cacatoès et dressez le grand phoque.
    Je joue les vignettes 2 et 8, et je propose le Triangle des Bermudes, un vaisselier et le bleu.
    Bonne journée, Carnets Paresseux.

    • je ne sais pas si Onésime a prévu un numéro de cirque avec un grand phoque, mais je note le cacatoès : ça fait toujours chic sur l’épaule d’un loup de mer.
      Merci toulopéra 🙂

    • « Les dedans de la mer sont impénétrables… » voilà qui devrait pousser Onésime à rester à la surface de l’eau, dans le respect des gestes barrières (de corail) !
      🙂

  6. J’ai voté.
    Et je propose comme lieu La Tremblade, comme meuble un guéridon et comme couleur le rouge.
    Tu ne vas pas nous zigouiller Onésime, j’espère?

    • La Tremblade est notée ; et non, au risque de spoiler la suite, je ne compte pas zigouiller Onésime… ça me parait un procédé facile et douteux vis-à-vis des personnages, de les zigouiller quand on ne sait plus quoi leur faire arriver !
      à moins que….

  7. Onésime s’est échappé de sa théière de compétition pour aller naviguer ? Je tremble pour lui…
    Je vais proposer les Sables-d’Olonne (pour le Vendée Globe, que j’ai toujours envie d’écrire « vent des globes »), un pétrin, et la couleur indigo.

    • Est-ce bien le même Onésime ? peut^-petre que dans la cale de la Baleine (le trois-mats-pas-fin) se trouve des caisses bien emballées de fine porcelaine de chine… peut-être même un service à thé ?
      le pétrin, il s’y trouve, les Sables-d’Olonne sont sur sa carte marine, et l’indigo je le note aussi !

  8. Moby dick n’a qu’à bien se tenir!
    Je propose Angoulème parce que c’est à 100km de plein d’endroits, une armoire parce que ça meuble bien surtout les normandes et la couleur tombé du ciel parce que Lovecraft…
    Bon vent!

  9. Texte en mouvement perpétuel (merci Arthur H pour cette définition), qui sait-l’air de presque rien- sûrement où il va.
    Je vote pour le petit dessin n°4, une ville portuaire tournée vers l’Amérique, un lit sur une mezzanine et le blanc une fois sevrés du bleu.

  10. Et Thérèse et son rêve
    et son chagrin d’amour
    combien de temps encore
    dis-lui combien de jours…
    En attendant le temps
    se berce entre les vagues
    et le petit dodo
    en oublie son oiseau…

  11. Bon jour Carnetsparesseux,
    Ce quatuor est presque soudés : Onésime, baleine, trois-mâts, monde … ce tout solitaire … avec une même direction … peut-être …
    En tout cas Onésime à diriger un trois-mâts seul … quel homme … 🙂
    Max-Louis

  12. Eh bien, j’arrive après la bataille (ou la chasse à la baleine, devrais-dire, mais en fait non, car je veux absolument savoir si elle va pouvoir attraper son Krill), alors je ne donnnerai pas de numéro de vignette, mais j’attends la suite avec impatience tant j’ai aimé voguer sur les flots des jeux de mots ! Au clavier matelot ! Belle journée, Sabrina.

  13. Cher Carnets Paresseux
    (pardon pour cette familiarité inaccoutumée de lecteur encore novice),
    étant pourtant déchargé d’enfants aujourd’hui (ben oui, pas de cours le mercredi pour le moment), je tourne et retourne au gré d’un flux ici imaginaire et je me demande bien ce qui est arrivé à la belle Thérèse et son fauteuil préféré.
    Si c’est que je n’ai pas bien compris le mécanisme de parution, c’est que -comme de nombreux « apprentisseurs »- mon cerveau est lessivé méthodiquement ces temps-ci.
    De toutes les façons, merci pour vos textes !

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