Thérèse rêve

Un livre sur les genoux, Thérèse rêve au très improbable dragon de sa lecture. Vautour pour le plumage fauve. Wapiti pour l’encornure large et le sabot pesant. Xérus pour… disons, pour la rareté, car ce drôle de minuscule écureuil africain n’a rien d’un pachydermique monstre de légende.
Yak pour la laine et l’haleine (l’une et l’autre rudes et épaisses). Zoo onirique que Thérèse parcourt à mesure de sa rêverie, et dont elle tire ici une griffe, là une plume ou un croc pour le dragon du conte.
Avouons-le, ce conte parait tout droit sorti de la bibliothèque Bleue. Balivernant à souhait, il dit l’histoire d’un royaume ravagé par un dragon ; récit banal à la trame usée, sauf que cette fois ça atteint des proportions imprévues. Car voilà qu’installé à demeure, le dragon mange tout ceux qu’il croise. D’habitude, il ne venait que tous les sept ans ou aux veilles d’éclipse et ne dévorait que la fille du roi ou une pauvre orpheline qu’on avait nippé d’une robe de princesse.
Évidemment, ça panique ferme et le peuple gronde. Finaud, le roi Gaëtan demande aux habitants du royaume de se cloîtrer chez eux : il a un plan infaillible. Gaëtan mande aux chevaliers en arme de patrouiller, l’épée hors du fourreau, et de zigouiller le monstre (le vainqueur aura la main de la princesse sinon son amour). Hélas, un mois, deux mois passent, et les chevaliers reviennent bredouilles (sauf ceux qui ont rencontré le dragon ; eux ne reviendront pas). Invisible, qu’elle parait être, la bête, aucun doigt ne peut la montrer, aucune flèche ne peut l’attendre.
Jamais un conte n’a paru à Thérèse aussi mal engagé !
Koikilvonfèr, le roi et ses sujets, monosyllabise la lectrice concentrée sur le texte ?
Le roi, ses conseillers lui chouinent à l’oreille que tant le royaume reste cloitré personne ne travaille, les taxes ne rentrent plus et le trésor royal fleurte avec la banqueroute. Malin, le roi Gaëtan décide qu’on ne va pas attendre que le monstre soit occis et chacun est sommé de se remettre au travail ; pour couronner le tout il y aura un grand bal masqué au palais ! Nulle excuse ne sera admise, tout le monde doit se rendre au bal (payant, pour renflouer le trésor royal) … et si la foule et les flonflons attirent le dragon, tant mieux, la garde royale n’est pas là pour des prunes !
« Objectivement, ça peut marcher un plan pareil », se demande Thérèse ? « Pourquoi pas, elle se répond, dans un conte bleu ».

(à suivre…)

***
Pour les Plumes d’Asphodèle sur le thème de la cible (fallait logorallier les mots atteindre, concentrer, objectif, arme, tirer, bleu, pachydermique, amour, doigt, flèche, fourreau, flirter) et le défi-feuilleton du Dessous des Mots voilà le 2e épisode des six cent mille contes. Le premier épisode était là. Pour le prochain, à vous de choisir deux vignettes et deux personnages et de les noter sur les tableaux de vote. Bref à vous de jouer !

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Illustrations : Nicolas-François Gromort, Spécimen des caractères d’affiches, vignettes et fleurons des fonderies et stéréotypie, 1837. Gallica/BnF.

50 commentaires

  1. Bon jour Carnetsparesseux,
    Effectivement entre réalité et fiction, entre ce conte-ci et ce monde-ci, les croisements s’affirment … 🙂
    Max-Louis

    • Oui, ces dernières semaines le chevauchement entre conte et monde-vrai m’a paru plus vrai que nature, du coup je l’ai raconté 🙂
      Si seulement nous vivions dans un conte !

  2. « Tout le monde doit se rendre au bal, payant »

    Étonnamment, les femmes et les enfants d’abord ?

    Mais non, j’suis sot, « la garde royale n’est pas là pour des prunes » … lorsqu’elle est haute comme trois pommes !

    Et puis, dans mon souvenir, ce sont plutôt des chevalières que le roi Jonathan -pardon, Gaëtan- envoie au combat.

    Aimant les femmes et me doutant bien de leur destinée ici, j’avais voté pour la maisonnée. Ses plaisirs cloîtrés leur auraient été plus doux que la liberté factice du bal des débutants.

    J’ai beaucoup aimé cet épisode élégant.
    Puisse votre puissance d’écriture anodine sauver mes chères héroïnes !

  3. Le conte de dragon occis ! Mais par quel effet, ou quelle magie ?
    J’espère que Gaétan nous enverra les invitations pour son bal,
    que chacun d’entre nous puisse voir de quel bois le dragon est fait.
    Advienne que pourra, comme dirait le sage de l’histoire.
    J’ai voté, carnets, pour voir le miracle de la suite arriver.
    Un conte bleu, c’est quand même remarquable.
    Mais dans quelle atmosphère Thérèse va-t-elle respirer ?

    • attention, ne vendons pas la dent du dragon avant qu’il soit occis ! et Thérèse a-t-elle une gueule d’atmosphère ? Advienne que pourra, et on en saura plus en suivant les épisodes suivants (comme leur nom l’indique) 🙂

  4. J’ai cru percevoir un écho d’une situation actuelle mais j’ai dû rêver comme Thérèse… 😉
    Je prend la vignette 8 et Casimir.

  5. Ah oui en effet…Après ça dégénère ! 😀 😀 😀
    Bravo pour l’exercice (pas les Plumes, l’autre 😉 )
    Il faudrait dégommer le dragon et en faire des brochettes grillées ! (Oui, je ne pense qu’à la bouffe : fricassée de poussins, dragon en brochettes grillées…)

  6. Une histoire qui commence par les dernières lettres de l’alphabet et se termine par une actualité brûlante. Je ne suis pas encore initié à cet enchevêtrement de consignes croisées, mais le résultat est délectable.

    • Merci Oncle Dan ; les consignes sont toutes bêtes : un feuilleton dont les phrases déroulent l’alphabet (l’épisode précédent s’arrêtait sur le T, fallait donc reprendre à U) et qui s’appuie sur les images et les personnages choisies par les lecteurs. Le reste est de la cuisine locale 🙂

    • C’est bien c’que j’craignais: Ulysse, l’ours blanc, Casimir… Quid de nos héroïnes! Préparent déjà toutes le bal,
      pas masquées?

  7. J’ai loupé les Plumes cette semaine…mais je lis avec plaisir les participations des copains.
    Toujours luxuriante ton inspiration, cher Dodo
    Tu m’épates. Si je te vouvoyais, je te dirais que vous m’épatâtes dès le premier jour. 😉
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

  8. Étant en pleine réflexion autour d’un projet qui mêle contes et interactivité, ce texte merveilleux ne pourrait pas tomber mieux. Je note au passage l’usage parfait du verbe « fleurter », que mon navigateur a la petitesse d’esprit de souligner en rouge.

    • Merci beaucoup Julien. Les navigateurs ne savent pas toujours que l’anglais flirt vient du français fleureter qui nous a laissé le désuet « conter fleurette ».

  9. J’arrête les machines à voter, le prochain épisode sera là demain matin. Vous avez choisi l’image numéro 8, ainsi que l’ours blanc, Casimir et Ulysse ! merci à toutes et tous !
    🙂

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