Qui a peur du granméchanlou ?

Chaque pas, aussi petit soit-il, éloigne la gamine du loup endormi. Quels idioties, ces histoires de loup qui fait peur ! Celui-là, il suffit d’une nuit blanche et hop, le voilà sur le flanc. Elle avance dans la neige en chantonnant Qui  a peur du granméchanlou, méchanlou, méchanlou, pour rythmer ses pas. Elle n’a pas eu peur ; pas une seule fois. C’est vrai qu’elle avait les contes pour l’aider. Tiens, maintenant, à sa place, que ferait le petit Poucet ? Semer des petits cailloux ? Non, ça, il aurait fallu le faire à l’aller : sans compter qu’il faudrait pelleter la neige pour retrouver chaque caillou…

Elle avance de plus en plus lentement dans la neige de plus en plus épaisse. Ah, bien sûr, si elle avait les bottes de sept lieues ça se passerait autrement ! Elle s’arrête un instant, essoufflée. Dans le blanc silence de l’aube, elle entend un petit son familier: mais oui, elle entend des clochettes tintinnabuler. Elle est sauvée : Mère-Grand a envoyé ses rennes la chercher ! Elle tend l’oreille, le son s’éteint. Elle a dû rêver…

Ça ne suffit donc pas toujours de savoir les contes ?

Elle fait encore un pas, butte contre une buche. Non, contre la luge : elle a tourné en rond dans la forêt, est revenue à son point de départ ! Elle regarde alentours : tout est blanc autour d’elle, le sol, les arbres, la forêt, la montagne… Et elle, elle est perdue au milieu de tout ce blanc.

Dans tout ce blanc elle aperçoit une tache noire. Rêve-t-elle encore ? Non. Voilà, perché sur un arbre, le corbeau. Elle l’appelle :
« Corbeau, veux-tu m’aider ?
Le corbeau se penche du haut de sa branche et répond en croassant :
– T’aider ? Et comment ? En allant chercher du secours ? Même en volant à tire-d’aile, le village est loin et les villageois sont bien au chaud dans leurs maisons fermées à double chevillette. Et puis tout le monde dort encore. Personne ne viendra t’aider dans la neige et le froid ! C’est ta faute, aussi ! Je t’avais bien dit de ne pas lui faire confiance ! Hier, tu n’as pas daigné me prêter attention, alors maintenant à mon tour de ne pas t’écouter. Bref ! Cette leçon vaut bien… vaut bien… un fromage, voilà ! Mais tu n’as sans doute pas de fromage, Petite. Enfin, tant pis pour toi ! »

Et le corbeau noir s’envole dans la nuit noire.

« Quel peureux, ce corbeau ! dit le loup qui émerge de son lit de neige juste à côté de la fillette. Cela dit, il faut lui rendre justice : d’un côté, il a tort, car jamais je ne mangerais un pareil plumeau tout sec ! Mais d’un autre côté il a quand même raison : il ne peut pas t’aider, et surtout, nous n’avons pas besoin de lui, il a bien fait de disparaître. Bon, assez parlé, il est temps, Petite. J’ai tenu parole, à ton tour. J’ai faim, et il est grand temps d’en finir. »

 

 

encore à suivre (dernier épisode demain) !

***

10e épisode du feuilleton de Noël.

Illustration : New York public library, digital collections.

 

21 commentaires

  1. Alors là… Comment vas-tu t’en sortir sans faire croquer la petite fille par le loup? Dire qu’il faut que j’attende demain pour le savoir…

    • houuu ! « quelles idioties », c’est la gamine qui le dit, mais 1/ elle a raison 2/je lui prête ma plume 🙂
      la bonne nouvelle de l’année lupine : les loups sont, furtifs, revenus en Limousin et Périgord (depuis l’Italie via l’Auvergne):

  2. Bon jour,
    Le corbeau ne se laisse pas embobiner et fait en tout état de cause un retour à l’envoyeuse … 🙂
    Max-Louis

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