La Longue course dans la nuit

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A peine la fillette a-t-elle hoché la tête que le loup attrape la cordelette entre ses puissantes mâchoires et, de toute la vitesse de ses longues pattes, il entraine la luge à travers la forêt. La neige vole blanche entre les arbres noirs. La fillette doit courir pour suivre. Malgré ses efforts, elle ne rattrape l’attelage qu’à l’entrée du hameau suivant. Là, le loup lui dit :
« Ah, te voilà enfin ! Si tu crois qu’on a le temps de baguenauder ! Enfin, attends-moi ici et surveille la luge. Le temps presse, on va devoir faire vite. »
Il fourre des paquets dans un grand sac qu’il jette sur son dos, court jusqu’aux maisons, tire la chevillette, entre, dépose les cadeaux, ressort, ramasse la bobinette, la remet en place et recommence. Il lui dit juste, en passant : « et puis tu vois, Petite, l’avantage de passer par la porte c’est que tu ne risques pas de mettre le feu aux cadeaux… tsst, les lancer dans les cheminées, quelle drôle d’idée ! »

Une fois la dernière maison livrée, il revient vers la luge, il dit : « Tu vois qu’il faut me faire confiance. »
Après un silence, il ajoute : « Mais quand même… j’ai faim.
– Loup, tu as promis, tu me… heu, tu mangeras quand on aura fini, et pas avant. »

Oh ! Elle a bien failli dire : tu me mangeras, mais elle s’est reprise à temps ! Le loup la fixe de ses yeux jaunes et hoche sa longue tête grise. Alors, elle se promet de tenir bon jusqu’au dernier cadeau. Et la course reprend à travers la forêt enneigée.

La nuit est toujours noire quand un vent glacé se lève, qui transperce le capuchon de la fillette. À bout de forces, elle trébuche et tombe dans la neige.
« Petite, tu dois être fatiguée, dit le loup. Il n’y a presque plus de cadeaux, assieds-toi sur la luge et roule-toi dans ta capuche, je te trainerai. Tu n’es pas si lourde ! »
La fillette obéit. Elle se blottit entre les paquets et laisse le loup conduire la luge et distribuer les cadeaux. Après tout, si le loup est assez bête pour tout faire à sa place, tant mieux. Tout à l’heure, elle a eu un peu peur, c’est tout. Mais le moment venu, elle sera assez maline pour ne pas se laisser dévorer.
Bercée par la longue glissade, elle s’endort bientôt. Quand elle se réveille, elle voit le loup penché sur elle. Son poil est gris de neige et de givre, et ses yeux jaunes sont fixés sur elle.
«Hé, Petite, le dernier cadeau est livré. Tu vois, j’ai tenu parole. Mais ça n’est pas pour ça que je te réveille…»

 

 

à suivre

***

7e épisode du feuilleton de Noël.

Illustration : New York public library, digital collections.

 

27 commentaires

  1. pauvre loup il doit être épuisé et avoir une énorme faim de loup 😋😋😋 il mérite un repas copieux pour sa gentillesse gratuite …un chapon par exemple !

    • Merci Laurence ; j’ai un peu sué sur cette dernière phrase 🙂
      et à l’heure qu’il est il faut attendre ‘xactement 12 heures pour pouvoir tourner la page (c’est la dure loi du feuilleton).

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