« Comme tu as de petites mains, Petite… »

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Enfin, tirant, poussant, halant, haletant, la fillette arrive tant bien que mal au premier village. Elle arrête la luge devant une maison, regarde les cadeaux. Il n’y a pas d’adresse dessus. Elle hésite : c’est donc à elle de décider quel paquet ira dans quelle maison ? La fillette essaie d’imaginer les enfants qui habitent là, soupèse les colis, puis en prend deux, un sous chaque bras. Elle escalade une congère, puis de là se hisse sur les lauzes verglacées du toit, dérape, titube, zigzague, se rattrape d’une main à la cheminée. Elle glisse les paquets dans la cheminée en toussant à cause de la fumée. Enfin, elle redescend tant bien que mal. Reprenant son souffle, elle se dit qu’il faut encore recommencer autant de fois qu’il y a de maisons.

Vraiment, remplacer sa Mère-grand pour faire le travail du Père Noël, c’est plus difficile qu’elle aurait cru. Et il y a encore plusieurs villages… Tant pis, elle a promis, elle doit le faire. Juste au moment où elle s’apprête à repartir, voilà que de derrière la dernière maison du hameau apparaît le loup, sa fourrure grise brillant de givre.
« Petite, comme tu as de petits bras… », dit la bête. Chacun de ses mots est précédé d’un nuage de buée. La gamine refuse de se laisser impressionner. S’il croit qu’elle va l’écouter ! Elle a mieux à faire, et plus important. Le loup reprend :
« Comme tu as de petites mains… »
Elle pousse la luge sans répondre. Le loup la regarde faire et continue :
« Comme tu as de petits pieds… »
À moitié enfoncée dans la neige, la petite se tait. Le loup a l’oeil qui luit, et ses dents apparaissent, bien blanches sous ses babines rouges. Il gronde :
« Oh, mais comme tu as une petite tête… »
La petite recule d’un pas puis d’un autre, jusqu’à se trouver dos à un tronc. Le loup s’avance à mesure. La fillette se tasse contre le tronc et ferme les yeux. Et voilà que le loup éclate de rire !
« Bouh, qu’elle est craintive… Je plaisantais, voyons ! Petite comme tu es, c’est courageux de remplacer le père Noël, mais ça ne doit être facile ! Pousse-toi, je vais t’aider, je mangerai après. C’est promis. »
La fillette se dit que s’il était là, le corbeau lui conseillerait de ne pas écouter le loup. Sauf que pas la peine de scruter l’obscurité des hautes branches, il n’est pas là. C’est à elle de décider quoi faire. Voyons, si elle refuse son aide, le loup pourrait se mettre en colère et la manger tout de suite ! Le mieux c’est de faire mine d’accepter. Elle trouvera bien une ruse le moment venu pour le rouler et il sera bien attrapé. Après tout elle n’est pas une naïve bécasse, mais la petite fillette de sa Mère-grand !

 

 

…à suivre !

***

6e épisode du feuilleton de Noël.

Illustration : New York public library, digital collections.

 

18 commentaires

  1. waouh ! c’est pas Super Woman mais super little girl et gros Loulou qui est revenu , il a un humour mordant quand même 😮 , pourvu que ce ne soit que de l’humour …

  2. La petite, qui a des lettres (qu’elle n’envoie pas par la Poste) se remémore cette phrase célèbre, reprise souvent par Martine Aubry du haut de son beffroi lillois :
    « Quand il y a du flou, c’est qu’il y a un loup ! ».
    Mais là, tout devient plus net et immaculé : avec deux paires de lunettes pour le prix d’une, elle est sûre du secours d’Afflelou ! 🙂

  3. Mais… Elle met les cadeaux dans la cheminée où le feu est allumé? Il y a de la fumée, dis-tu…
    Oui je sais, je pinaille.
    Mais je suis tout de même inquiète pour la petite si petite..

    • Un point pour toi ; tu sais, c’est sa première tournée de livraison (et peut-être sa dernière…), alors elle est un peu pressée et stressée 🙂
      en tout cas c’est gentil de t’inquiéter pour elle. Bizarrement, personne ne s’inquiète jamais pour le loup ! ! !

    • rien ne dit que le loup ne se méfie pas… peut-être que son sourire masque une trouille intense ! et grand et le pouvoir de la ficelle, et, à Noël, du bolduc 🙂

  4. Bon jour,
    Je retiens : « C’est à elle de décider quoi faire ». Tout est là, la clé de voûte de toute action humaine : décider.
    Max-Louis

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