Donc, il arriva un jour où…

Voilà qu’un jour, avant la nuit, lui, l’Initial prit du limon dans sa main, dont il forma un pantin à son imitation, puis souffla l’air vivant dans son tarin : ainsi vint l’humain, incarnation imitant son miroir divin.

Il fit un jardin, par où il faisait jour d’abord (alors, la nuit faisait son tour plus loin). Il y mit son gars tout frais pondu. Dans son jardin, Il planta un tronc branchu qui donnait du pain, puis un taillis vif, plus un buisson savant qui faisait la distinction du bon ou du mal (plutôt costaud pour un buisson, non ?).
Du Paradis (on dirait son nom ainsi, plus tard), un ru sortait qui arrosait Son jardin. Un bras allait par-ci, un bras par-là ; puis un, ici, au flot qui allait plus loin à l’aval. L’un a pour nom Pischon, qui va autour du pays Havila. Sous son sol dormait l’or pur. Il y avait aussi un caillou brillant, l’onyx, qui s’y cachait. Voisin, Guilhon coulait tout autour Cusch. (Oui, il y avait moult pays aux noms tordus, alors : mais pas plus qu’Issoudun, London, Lyon ou Montcuq, si on va par là). Quant aux suivants, ils ont aussi un nom chacun, qu’on taira ici, ou qu’on dira plus tard.
Il nomma son quidam adjudant du jardin. Il lui dit :

« D’accord, il parait nourrissant, mon buisson savant, mais non trois fois non. Sinon, couic, la mort illico. Compris ? »

Il soliloqua aussi : « Tout solo, mon gros pantin va avoir du chagrin. Pour adoucir ça, il faut lui choisir un bon copain sympa.  »

Il prit du limon, fit maints animaux au sol ; puis moult piafs volant dans l’air. Il montra ça au pantin pour qu’il baptisa tout ça à sa façon.  Ainsi fut fait. Dans son sabir bafouillant, Son simili nomma bovin, ovin, caprin, colibri, ouistiti, du long asticot jusqu’au vautour puant, au wapiti, au yack : tout un zoo d’animaux rampant, broutant, volant, glapissant partout ; mais nul qui l’aida d’un appui actif, plus amical. Pas un, plus adroit ou plus aimant, qui brisa son cocon moral.

 

à suivre

***

En hommage à James Ussher qui a assigné la date du 23 octobre -4004 à la naissance du monde, une transcription de la première semaine de la Genèse  lipogrammée en e.

illustration : Les Heures de la Vierge Marie, 15e siècle. BnF/Gallica.

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