Nous ne sommes pas seuls

C’est fait ! J’ai déchiffré leurs traces à travers la nuit des espaces vertigineux où valsent les étoiles ! Eux ! Les Autres ! Aussitôt je saisis mon crayon. Vite, écrire les mots que l’humanité espère lire depuis si longtemps :

Ils sont là. Nous ne sommes pas seuls.

Ces huit mots vont stupéfier le monde et rendre caduc l’incessant brouhaha des vieilles histoires ! Une aventure commence qu’il faudra écrire avec eux, amicaux ou hostiles, indifférents ou intéressés.
Tandis que j’écris, des voix percent le silence.
Des voix qui piaillent, hurlent, brament, croassent et coassent, et j’y reconnais les stridulations du criquet Giminy, le souffle de Moby Dick, les hi-hans de l’âne d’Or, le beau chant de l’oiseau Roc, la voix lamentable du Lièvre de Mars, le glapi et le croa du Renard et du Corbeau et même le long sifflement de l’antique Serpent, qui tous répètent à qui mieux mieux :
« Pas seuls ? Bien sûr, ils ne sont pas seuls ! Depuis le temps qu’on est là, nous ! »

 

* * *

Micronouvelle (999 signes) écrite l’automne dernier pour le prix radiofrance 2017 sur le thème Ensemble ! Ensemble ou pas, c’est l’heure d’aller lire ou relire (et voter pour vos trois préférées) les vingt-et-une histoires nues de l’agenda ironique de mai chez la Jument Verte.

illustration : Doc Mac Farlane, vers 1910, State Library of Queensland.

35 commentaires

    • Merci ! Oui, j’aime bien regarder ces personnages de contes avec un peu de biais, et les inviter de temps à autres. Certains (le renard et le corbeau) sont des invités presque permanents 🙂

  1. C’est sûr que tout ce boucan brouhéhé en même temps n’aide pas à reconnaître la voix de celui qui s’exprime !
    Mais tu as réussi malgré cela à identifier le message, comme c’est stupéfiant !
    La paresse serait donc l’art minimaliste de faire maximalistement toute chose encore jamais faite.

  2. Nous ne sommes pas seuls, j’en ai eu encore la preuve il y a à peine quelques minutes. Pas de crayon, il n’aurait servi à rien. La fenêtre était ouverte, « ILS » ne me voyaient pas, j’ai déclenché la vidéo du tel et j’ai surpris le…les chants des oiseaux dans mon jardin. Des merles peut-être éperdus d’amour, en tous les cas si joyeux que je ne pouvais que rester immobile, discrète et les laisser à leurs éclatants chants d’allégresse. Des moments heureux à déguster sans modération. Bisous Dodo

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