Trois petites cuillères tremblent de peur (4)

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25/10/2017 par carnetsparesseux


Trois petites cuillères qui tremblent de peur ? Dans un tiroir ? Les pauvres petites ! Ma première réaction est de les dorloter, de les réconforter. Je pense que tout le monde ferait ça ! Je pourrais leur faire un thé chaud, avec du miel. Et une fois qu’elles seraient apaisées par leur bain, je pourrais chercher ce qui les effraie ainsi. Je sors le pot de miel, remplis la bouilloire, la pose sur le gaz, gratte une allumette… et puis je me dis que ça n’est pas très prudent de perdre du temps ! Qui sait ce que les effraie ainsi ? Et si c’était la petite cuillère du diable ? La petite cuillère du diable qui se serait insinuée dans le tiroir sous l’apparence d’une innocente cuillère de farce et attrapes recouverte d’un film de plastique ? La petite cuillère du diable qui attendrait de frapper les convives au moment du café. On ne sait encore qui le sort aura désigné, mais le malheureux qu’elle aura choisi renversera le breuvage marron sur sa cravate rose à bandes blanches !

Vous me direz que je n’invite pas grand monde, ce qui limite singulièrement le pouvoir de nuisance de la petite cuillère du diable [si c’est bien elle]. Et que le malotru qui oserait porter une cravate rose à bande blanche mérite bien pire qu’un café sur le plastron ! Vous pourriez même ajouter que dans mon salon, le diable aurait du mal à se cacher dans les plis d’un rideau cramoisi – je préfère les teintes lilas. Enfin, sauf s’il [le diable] l’apporte [le rideau cramoisi] avec lui [Dieu Seul sait ce qu’il est en son pouvoir – si j’ose dire] !

Bref, il faut tirer cela au clair. Une fois bordées les trois petites cuillères dans un torchon propre, je me penche sur le tiroir, j’écarte les fourchettes, j’allonge la main à tâtons. On dirait que ce tiroir est plus grand à l’intérieur qu’il ne parait vu du dehors… Je tends le bras, passe la tête, mes épaules suivent ; je rampe bientôt parmi les couverts, tandis que le fond du tiroir s’éloigne à mesure que je m’approche… c’est bien la preuve que quelque chose n’est pas net. Allons toujours. Voilà que je me glisse avec prudence entre les grosses cuillères à soupe. Dans la pénombre croissante, je continue mon exploration, progressant à travers des strates de vieux couteaux à fromage, à beurre, à poisson, à tartiflette. Je m’étonne plus de ma soudaine science coutelière que de leur présence dans mon tiroir. Quelle aventure ! Que vais-je découvrir maintenant ? Le fameux couteau de Lichtenberg [sans lame, auquel manque le manche] ? La fourchette du Cheshire [dont les dents piquent encore quand le reste a disparu] ? Ou même la mythique louche-à-trou de Schrödinger [qui retient et ne retient pas les nouilles] ?

J’en suis là dans mes grandes espérances lorsqu’un terrible coup de sifflet me rappelle à l’ordre !! Je sursaute au fond du tiroir et ma tête cogne contre le bois de la table !

 

* * *

à suivre !

L’automne continue, le feuilleton participatif aussi ; lecteur joueur, une nouvelle question : qui qui siffle ainsi ? Proposez vos réponses, je les ajouterais à mesure dans le sondage cid’sous et je leur ferais bonne mesure dans le prochain épisode !

les épisodes précédents
(1) d’habitude ils ne font pas ça (2) il s’agit de toute autre chose (3) Qu’est-ce encore ?

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30 réflexions sur “Trois petites cuillères tremblent de peur (4)

  1. MyoPaname dit :

    C’est Miss bouilloire, ronde, généreuse, flamboyante en acier…😉

  2. almanito dit :

    Oh que j’aime cette histoire:))) La bouilloire? Je ne pense pas, c’est trop logique alors je ne sais pas… le petit chien sur le calendrier des postes?

  3. Le petit train Hornby se faufile sur les trois rails des fourchettes ; les couteaux servent de passages à niveau. Le chef de gare a mis une louche sur sa tête (en plus de ses lunettes qui lui font voir des voies dédoublées).
    La locomotive est « tendance » avec son tender. On consomme encore du charbon car il n’y a pas de caténaires à l’horizon. Jean Gabin est à la manœuvre et Carette porte le nom ad hoc.
    Le tiroir est un long tunnel, les passagers mangent dans le wagon restaurant avec des couverts en argent et boivent du Canard-Duchêne en lisant « Le Canard enchaîné », ils se gondolent aux aventures du général de Gaulle racontées dans « La Cour » illustrée par Moisan.
    Le paysage défile maintenant que l’on a quitté le tiroir : le terroir bien de chez nous, avec clochers et villages pimpants, rassure.
    La France éternelle est fidèle au poste, il n’y a pas que les avions qui pratiquent la réaction. Un macaron est offert en dessert par la SNCF, bonne princesse.

  4. Ah oui, l’histoire du tiroir sans fond, j’adore !

  5. Domi Amouroux dit :

    Succulent ! J’ai hâte de savoir qui de Miss Bouilloire, du petit chien ou du petit train va nous sortir de ce tiroir. Nous retrouverons-nous épinglés sur le calendier des postes, ou écrasés par un train surgi d’on ne sait où ? À moins que la bouilloire nous entraîne au fond des enfers dans un magma brûlant…

  6. gibulène dit :

    le sifflet c’est le marchand de journaux qui en est l’auteur, il avertit d’un voyage spatiotemporel de l’Edition du jour sui suit une trajectoire bien définie entre le portail et la porte d’entrée…… le journal qui, ce matin là, affiche une une des plus étranges infos………….

  7. Roomanies dit :

    Merci de ce sourire Carnetsparesseux! 🙂

  8. victorhugotte dit :

    Et le classique tremblement de terre? Personne n’a pensé à la simple secousse séismique? En tout cas bien contente de pouvoir visiter ce tiroir!

  9. jobougon dit :

    Ce tiroir serait un passage secret entre deux mondes, un peu comme le quai 9 3/4 dans la saga Harry Potter, ou encore le terrier du lapin dans Alice au pays des merveilles. L’entrée permet d’accéder au tournage du film, et le réalisateur, sifflet à la bouche, donne le signal de fin de la scène.

  10. La suite, ce serait : « De l’autre côté du [m/t]iroir ?

  11. walachniewicz dit :

    Ha ! Ha! Te voilà transformé en Alice-Carnet, attention l’agent de police qui siffle a une tête de lapin ;o)

  12. Leodamgan dit :

    Je penche pour la bouilloire.
    Pour ce qui est du tiroir sans fond, il est évident que c’est une porte vers un autre univers! On ne me la fait pas à moi!

  13. chachashire dit :

    « farce et attrapes » – il me semble qu’on met les 2 au singulier ; c’est pas de ma faute , ça m’a sauté à la lecture.
    J’ai voté train. Et tu sais pourquoi ? parce que j’ai fait un film, dans une vie antérieure, sur un train qui disparaissait dans un trou de souris après avoir été rétrécit par un sort de vache.

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