Jour de lessive

32

30/07/2017 par carnetsparesseux

L’air est sec. Secs les arbres, sèches leurs feuilles brillantes comme des lames de couteau et les herbes du pré qu’on croirait couvert de foin coupant. Même l’eau de la rivière, ou ce qu’on en perçoit en plissant les yeux, – miroir d’argent niellé par l’ombre rêche des osiers recuits entre les à-plats de galets ronds et brûlants – même l’eau de la rivière est sèche.

Le ciel est devenu bleu roi, mais personne ne le voit. Bien sûr, pas un nuage, pas un oiseau. Derrière les gueules d’ombre des granges, la volailles cuit dans ses plumes. Le chien a déserté la niche et s’aplatit sur le carrelage de la cuisine, sous l’évier. Les gens ? planqués derrière les gros murs de pierre des maisons, portes closes et volets de bois rabattus. L’horloge renâcle en frappant les quarts et les demies. Le jour se traine. Juillet peine à devenir août. Tous, hommes et bêtes, plantes et maisons, les heures et les jours, et même la fontaine de la placette qui sue trois gouttes, tous attendent sans oser le moindre mouvement.

La route n’est plus qu’un piège de bitume prêt à engluer la première semelle qui oserait s’y poser. Bien sûr, personne ne s’y risque. Et puis, pour aller où ? Même la poussière, hier triomphante, a abdiqué. Sur le pavé de la place, c’est à peine si trois brins de paille tournent à petits bonds intermittents, levés par un faible courant d’air qui s’exténue à souffler contre tout espoir.

Je me prends à rêver que, même si, quelque part, quelqu’un hésite encore sur le programme – long bain de crachin savonneux, essorage d’orage étincelant ou rinçage d’une drache soudaine ? – la grande lessive est pour bientôt, qui nous rendra un petit monde propre et net – nous avec -, au moins jusqu’à demain matin.

 

 

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32 réflexions sur “Jour de lessive

  1. Aldor dit :

    Oui. C’est la splendeur de l’été. Tout est arrêté. Tout attend.

  2. gibulène dit :

    Pour le crachin ou l’orage, c’est pas gagné Carnets, en tous cas pas vers chez moi 😦

  3. almanito dit :

    On s’y croirait, l’atmosphère lourde, ce ciel obstinément bleu et le souffle qui manque, si parfaitement décrits. L’attente d’un orage…qui ne viendra peut-être pas ou si peu que le lendemain, l’air est encore plus rare et que l’on a l’impression de mourir dans une étuve:))) je préfère te prévenir;)
    C’est dur, je compatis mais cet été en suspens nous vaut une très belle page.

  4. Frog dit :

    Vive les étés veritables ! Si c’est la drache qu’il te manque, viens donc faire un tour par ici ! 😁

  5. brindille33 dit :

    Un texte où se reflète à chaque mot, la chaleur moite lorsque la température monte. Ton récit me rappelle un début de livre qui ne se trouve pas d’où j’écris et déposé chez moi sur ma petite table, au-dessus d’une pile d’autres.
    J’aime beaucoup le titre. Quant à l’eau ? Elle se fait attendre alors que les trois/quarts du globe l’occupe.

    • Merci Brindille ; le titre, c’est ce qui m’est venu en premier ; et puis chemin faisant, je me suis trouvé plus à l’aise à décrire la chaleur qu’à raconter la pluie à venir (j’ai des progrès à faire en lessive). Et c’est vrai que l’eau à déjà les trois quarts du globe à recouvrir ; normal donc qu’elle ne trouve pas le temps de tomber près de chez moi sur commande !
      🙂
      je veux bien le titre du livre du dessus de ta pile.

      • brindille33 dit :

        Je tâcherai d’y penser en revenant chez moi à Blaye. Je suis à Bordeaux pour le moment. La mémoire elle s’effiloche hélas….

      • brindille33 dit :

        Bon dimanche,
        Voilà je l’ai trouvé. Il s’agit de : Le soleil des Scorla de Laurent Gaudé. Un livre que ma belle-fille m’a prêté et que j’ai débuté. La scène du début du livre où le personnage entre dans un village, où il y décrit la chaleur ressemble vraiment fort pour l’ambiance au début de ce livre. J’y ai de suite pensé en lisant ton texte. La même pesanteur sous la chaleur, personne dans les rues. Une fontaine où personne ne s’y trouve….qui lui rappelle des souvenirs. Je ne sais pas qui est ce personnage au stade de ma lecture.
        Amicalement. Geneviève

        • Geneviève, merci d’y avoir pensé ! Laurent Gaudé ? il est réputé, non ? Je n’en ai jamais lu mais je vais aller voir à la bib 🙂

          • brindille33 dit :

            Je ne connais pas du tout l’auteur. L’histoire ne semble pas être très joyeuse. Qu’est ce que c’est bien écrit. Ma belle-fille a bon goût. Je l’ai commencé et puis j’ai continué une saga plus légère où je suis au troisième tome. Entre Eckhart Tolle, des polars et un roman situé au Canada avant la deuxième guerre mondiale dans un lieu qui a été entièrement restauré près du lac Saint-Jean près Saguenay, j’ai pu récemment trouver le lien de cet endroit où l’usine à papier fabriquait encore du papier avec de la pulpe de bois. Je te mets le lien du site :
            https://www.authentikcanada.com/village-val-jalbert
            dont l’auteur a tiré une histoire en y mettant pas mal de références suite à ses propres recherches. Ce qui en soit est intéressant. 🙂 Je suis assez dans les mélanges des genres pour la lecture. 😉

  6. Caroline D dit :

    moi qui aime un juillet chaud et lourd
    je dis qu’il peut cesser sa peine
    à devenir août…

  7. Aunryz dit :

    Un piège pour le lecteur,
    en fin de lecture qui peut résister à se jeter sur un verre d’eau fraîche, voire même un plein carafon ?

    C’est une description fidèle de ce que le soleil a fait de la Calabre côtière ces temps-ci.
    Heureusement, il y a la montagne (l’Italie du sud est une montagne qui se jette dans la mer) tout près et les forêts de hêtre où la lumière la plus barbare n’entre qu’en murmure diaphane.

  8. Leodamgan dit :

    Un texte qui donne chaud. A lire en hiver? 😉

  9. jacou33 dit :

    Torrents de soleil,
    Ciel bleuissant comme un azur,
    Lézards d’orgueil,
    Soudaine rupture,
    En petite laine de parapluie,
    Il a fallu ressortir,
    Surtout la nuit,
    Et écouter l’estival se rafraichir.
    Juillet, kaléidoscope de cieux capricieux,
    Août, sera-t-il l’estive,
    Et ses jours radieux.

    • Une laine de parapluie ?
      J’imagine l’élevage des parapluies laineux
      (gardés par un mouton tontaine tonton)
      là haut à l’estive,
      broutant les champs de nuages
      et à l’automne
      retour au village
      pour la tonte tontaine tonton.

  10. Rx Bodo dit :

    Lu à Londres, où on plafonne à 20° depuis 2 semaines, ce texte semble issu d’une œuvre de fiction des plus fantaisistes. Merci quand même de réchauffer mon imagination.

  11. walachniewicz dit :

    C’est superbe, je sue à grosses gouttes rien qu’à te lire ;o)

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