Fuite du cerveau

Est-ce l’effet des grandes chaleurs qui se croient ces jours-ci en pays conquis et ahurissent mon train-train avec leurs maximales saisonnières quelque peu excessives, ou bien un dernier coup tordu du trop-plein d’informations creuses qu’on nous a à satiété déballé ces derniers temps  et qui bien qu’aujourd’hui rendues à leur statut de billevesées fantomatiques autant qu’obsolètes saturent encore mon crâne de détails incongrus  ( est-ce bien la peine que je vous remette en tête la foison de programmes et de professions de foi des histrions des dernières campagnes, le récit hagiographique ou grotesque de leurs cyniques rodomontades et autres exploits protocolaires, multipliés par les scores et les performances des rois de la raquette, des princes du vélo, des magnats du ballon déballés par les ondes et la presse ?), ou subis-je le temps mort d’un mois qui franchit cette nuit son mitan, et qui, à mesure qu’il approche du point d’équilibre entre le début et la fin de ses trente-et-un jours de service, freinerait l’allure et ralentirait, comme s’étale la marée avant de glisser sur l’estran… à moins qu’il ne s’agisse d’une petite vengeance débonnaire du vieux camarade désabusé et paresseux qui m’adresserait ainsi un amical – « c’est qui le patron ? », hypothèse doublement douteuse, comme s’il avait besoin de ce genre de subterfuge pour régner sur ce monde, d’une part, et d’autre : qui je m’imagine être pour me hausser du col jusqu’à songer qu’il s’intéresse à mon blog ?… non, à tout prendre, il serait plus raisonnable, mais moins rassurant de croire que mon cerveau suit l’exemple du dauphin de Chine, du rhinocéros noir, du pika, de l’onagre, de mon bien aimé dodo, du phoque moine des Caraïbes, de la bergeronnette et de quelques palanquées de végétaux et d’insectes qui prennent cet an-ci la poudre d’escampette parfois avant même – quel manque de savoir vivre ! – que la main de l’homme ait seulement mis la patte sur les traces de leur existence et les couche dans les obituaires de nos Jardins des plantes, bref quelque soit la cause – ou les causes connexes et associées – voilà que depuis quelques jours, malgré l’envie ou les idées fumeuses qui me traversent le cortex, je cours en vain après les bribes évanescentes – sitôt entr’aperçues, sitôt évaporées – de la moindre historiette à raconter ici.

** *

D’une traite et en une phrase (c’est la consigne) une lamentation opportuniste pour l’agenda ironique de juillet hébergé chez Nervures et entailles. J’en profite pour recommander la lecture d’Extinctions, de Charles Frankel.

41 commentaires

  1. Très inspiré, en fait. Je note le livre de Charles Frankel, merci Carnets. De tout ce fatras d’infos sans intérêt dont on nous soule à longueur de temps, une seule est grave et vaut qu’on en parle et qu’on s’en inquiète d’urgence, ce que tu as fait 🙂

  2. encore un autre mois
    qui revêt sous ta plume
    les habits d’un vivant…
    à en croire que sous ta main d’homme
    t’as su mettre la patte
    sur son existence…
    en une fuite et d’une traite
    saperlipopette !

  3. Même panne de mon côté. Rien de plus frustrant et décourageant. Au moins, cela t’a donné le temps de changer ton image d’en-tête 🙂 Merci pour la recommandation, c’est un sujet qui m’intéresse.

    • C’est pénible quand ça arrive et qu’on voudrait quand même écrire quelque chose…. Petite consolation, j’ai au moins évité le billet-sur-l’angoisse-de-la-page-blanche 🙂
      et oui, c’est l’été, il était temps d’un nouvel en-tête.
      Attention, le Frankel est très intéressant et plutôt déprimant.

  4. Vive les pannes, les fuites et les fumées. J’aime beaucoup cet enfilement de causes possibles, objectives, subjectives, déceptives. J’aime l’humeur, le ton, le geste. Beau texte, Carnets !

  5. Je n’en dirai pas plus car je n’en ai pas plus à dire…
    Cruels sont les neurones lorsqu’ils décident de ne plus laisser libre cours à leur fantaisie.
    1bizaupassage.

  6. Pourquoi ai-je la tête lourde d’un coup? Tu crois qu’une petite fuite me ferait du bien?
    Bravo pour la performance mais j’ai trop chaud pour produire du texte. Déjà, bricoler au jardin m »épuise ces jours-ci!
    Bonne soirée à toi!

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