Noé dans la nuit

La nuit où,
l’insomnie aidant
– et mon chat Mimosa pesant sur mon nombril –
les yeux perdus
dans les étoiles,
je me suis demandé si vraiment je croyais
qu’existait quelque part
une planète
présentant des caractéristiques permettant
l’apparition,
le développement
et la sauvegarde
d’une vie telle que nous l’entendons
et donc si les vaisseaux lancés
aux quatre cent
quarante quatre
coins de l’univers
– les sondes poissons pilotes captant les teneurs d’hydrogène d’oxygène argon krypton xénon patapon ouvrant la voie aux capsules pleines de pionniers de colons de quakers de graines de grains bons à manger et de bestiaux [n’y manquaient pas même les marsouins les aurochs les saules les lichens et puis les hippocampes]
sous la forme commode de spiraloïdes d’adn lyophilisés –
ne s’épuisaient pas à grignoter l’espace
en pure perte au fil des années-lumières
dans cette nuit éternelle,
derrière l’écran-hublot
de ma capsule flottant entre les sphéroïdes d’Aldébaran
vers les confins tentaculaires d’Outre-Bételgeuse,
je me suis dit que
oui,
il me semblait bien me rappeler qu’une planète de ce type
avait existé quelque part
dans un coin
perdu
de l’espace
et que si
je ne me berlurais pas,
cette planète bleue et verte,
on l’appelait la Terre.

* * *

Fantaisie écrite pour l’agenda ironique de janvier ; il fallait placer sept des huit mots suivants : hippocampe, mimosa, n’importe, chat, manger, tentacule, épuiser, vert. Paresseux, j’ai mis les huit. Les autres textes sont là.

 

37 commentaires

  1. Après tout il existe peut-être dans l’espace des gens comme nous qui se demandent si la vie existe bien sur d’autres planètes… J’espère qu’ils sont plus sages que les habitants de la planète bleue et verte, car verte, elle l’est de moins en moins.

  2. Quand on était encore « rien » (de connu ici-bas) puis expulsé dans la vie comme ça, tout-nu, juste pour « devenir », je remarque que l’on s’est bien gardé de nous laisser notre mémoire antérieure comme mode d’emploi. C’est sans doute pour cela que nous errons à la recherche du pourquoi du comment, et que nous tournons en rond sur cette planète que nous faisons aussi tourner en rond et en bourrique. Tu as déjà monté un meuble IKEA sans le mode d’emploi, toi ?
    Je suis un peu à côté de ton texte, mais tout à côté. 😉

  3. L’homme va toujours chercher bien loin ce qu’il a à portée de main, proverbe célestinien.
    Ta fantaisie me met en joie littéraire et onirique.
    En revanche « les autres textes sont là » mais je ne vois pas le mien. 😦
    As-tu vu que j’avais mis mon lien en commentaire ?
    Bises
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Merci et bienvenue ! Doctor Who ? j’avoue que je n’avais pas pensé à lui, mais j’accepte volontiers son parrainage, rien que pour le côté dégringolade décontractée à travers l’espace 🙂

  4. Ah… Nous sommes donc résolument SF et aussi espoir dans l’avenir (ou pas vraiment?)…
    Même si ton écriture nous change de ton style habituel, j’aime beaucoup ton texte, Carnets.

    Oui, nous n’avons qu’une terre actuellement, pour autant que nous le sachions. Et elle est belle, fragile et tellement agressée… J’en aurais les larmes aux yeux parfois s’il n’y avait tant d’autres raisons de pleurer ou de s’indigner.
    Désolée pour ces épanchements intempestifs,
    Passe une bonne semaine,
    Mo

    • Merci Mo ; oui, c’est un petit tour dans la SF, un genre que j’aime bien, même si les longs paragraphes sur les progrès-techniques-du-futur m’en ont un peu éloigné ; comme si dans un roman d’aujourd’hui il fallait expliquer au lecteur comment fonctionne une voiture ou un téléphone).
      Je te rejoins dans tes épanchements : on n’a qu’une terre et on l’a déjà soigneusement mise en miette (sans parler du reste qui ne va guère mieux).
      pour l’écriture, pourtant, j’ai pas l’impression d’avoir beaucoup changé ; c’est juste une seule longue phrase un peu découpée à la mise en page. Mais elle fonctionne aussi de façon classique : « La nuit où, l’insomnie aidant – et mon chat Mimosa pesant sur mon nombril – les yeux perdus dans les étoiles, je me suis demandé….etc »

  5. Le dodo dans sa fusée inter rèves nous fait voyager sur des poèmes siences fictionnesques.
    Dommage qu’il faille redescendre sur une terre en mauvais état, mais encore vivante.

  6. J’aime bien l’aspect scientifique de la Esseffe.
    Par exemple, dans la très sérieuse revue hebdomadaire « nature », on apprend que le gaz patapon est curieusement proche de celui, patenron, qui occupe les trois quart de l’atmosphère sur la planète Profélix gravitant autour de Cartopollux. Dont il émanerait et venant de l’espace un curieux signal qui fait un peu comme ça : Ron-ron-ron-ron…
    Pour l’instant, les scientifiques n’ont pas encore percé le mystère de ce langage probablement codé.
    Et j’aime bien ton texte aussi, et me demandais si tu aurais envie de découvrir la planète verte et bleue en posant ta capsule dessus un d’ces quatte.

  7. Noé 2.0, chapeau!

    « – les sondes poissons pilotes captant les teneurs d’hydrogène d’oxygène argon krypton xénon patapon »: Mouhaha
    Bises

  8. Comme plusieurs lecteurs et lectrices j’ai noté également ce gaz patappn 🙂
    Pauvre Noé insomniaque … Pour notre plus grand plaisir 💚

  9. J’ai un faible pour la SF et quand je te lis je me dis que tu ne devrais pas arrêter de poursuivre d’autres espaces. L’univers est vaste et quoique ta phrase en dise long, il y a matière à 🙂
    Un texte sensible. J’ai adoré !

    • Merci Laurence 😉 en fait, je ne fais pas trop la différence entre sf, fantastique et tout le reste quand j’écris : j’ai l’impression de zigzaguer toujours autour de la même histoire (avec des variantes quand même)
      mais promis, je vais continuer à poursuivre le même espace !

    • C’est une fiction : en vrai, mon chat ne s’appelle pas Mimosa. Et c’est peut-être le mot qui m’a le plus embêté à glisser dans le texte (mais dans un presqu’alexandrin assez involontaire)
      et je n’enverrai jamais mon chat dans l’espace, nonmého !

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