Carnage au garage ! (4)

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04/12/2016 par carnetsparesseux

si vous avez raté le début la suite (2) & la suite (3)  (et la b-o originale de l’épisode 4)

Je dois rêver ! Pourtant, à travers le fumet composite de la camionnette, mélange de cuir froid, de poussière, de senteur d’essence et de l’odeur bien particulière des horloges – ça sent le sapin, l’encaustique et l’huile à mécanique – je distingue précisément le parfum de l’horlogère. Aussi calmement que possible, je passe en revue les possibilités : soit elle est à côté de moi, enfermée dans une horloge, soit elle a été emmenée avant moi. Soit un des gus assis devant se parfume, et avec le même parfum qu’elle. Et ce n’est pas tout : pourquoi ces types volent-ils des horloges ? Et quel lien y a-t’il avec l’affaire Novembre ?

Pendant que je cogite, la camionnette poursuit sa route dans la nuit. Soudain, elle freine, puis stoppe, moteur au ralenti ; les deux hommes descendent. Un portail grince. La voiture redémarre, passe un porche, pénètre dans un entrepôt. Au loin, l’écho des pas des deux hommes s’estompe. Tant mieux, je me débarrasserais plus facilement du chauffeur. Celui-ci coupe le moteur, descend, ouvre le hayon arrière et dit :

« Hep ! Le privé ! Si vous êtes bien dans la grande comtoise, tapez deux fois.
Une bouffée de parfum ponctue cette réplique. Ça alors, l’horlogère ! Pas d’erreur, c’est elle ! Elle qui était au volant de l’auto ! Après une minute de stupeur, je tape deux fois. Elle reprend :
– Ok. On n’a pas beaucoup de temps avant qu’ils reviennent décharger les horloges. Mais restez planqué, ça vaut mieux.
Elle est marrante, bouclé dans mon coffre d’horloge avec le balancier en travers de la cravate, j’ai pas trop de liberté de manœuvre. Mais voilà, mon confort, les femmes s’en balancent.
Elle continue :
– Désolé, mais l’affaire Novembre c’est un truc un peu gros pour un petit privé. Vous vexez pas, mais le temps, c’est un racket qui dépasse de loin les combines de la Chronos. Si ça se sait qu’il y a du mou dans le calendrier, rien qu’avec les thuriféraires du calendrier sexagésimal et les gugusses qui voudraient qu’on travaille quarante-huit heures payées trente-deux, ça va tanguer !
– Et vous, c’est par souci du bien public que vous déménagez des horloges ? Par philanthropie que vous assommez les gens ?

– Non, c’est… »

Le reste de sa phrase se perd dans le fracas de l’explosion qui souffle la porte de l’entrepôt ! L’instant d’après, une voiture franchit le seuil plein gaz. Un cri : « les Chinois !! » aussitôt avalé par l’aboiement d’une mitrailleuse, les répliques sourdes des automatiques, la tôle qui claque sous les balles, les cris des gars qui balancent du plomb chaud, le hurlement des freins de la voiture qui zigzague sur le bitume huileux. Qu’est-ce qu’on déguste ! Puis vlan ! la bagnole folle s’encastre dans un poteau en béton. Et tout s’arrête. Seul le klaxon bloqué de la caisse en vrac glapit encore dans le silence glacial.

Je me dégage des morceaux de la comtoise qu’une rafale a un peu frôlée. Je sors de la camionnette et m’approche de l’épave fumante – une voiture de livraison d’une blanchisserie du quartier chinois ! – en évitant les flaques rouges. Un coup d’œil suffit pour estimer les dégâts : au menu de la cantine, ce soir, c’est spaghetti par la racine.

Je coupe le klaxon, un peu pâlot. La môme, vert-de-gris, tient à peine sur ses cannes. Je lui lance :
« Vous n’allez pas me dire qu’il s’agit de représentants du calendrier chinois ! Dynamite et mitrailleuse, drôle de façon fêter Xiàyuán jié et de souhaiter une année paisible.

Les sirènes qui s’approchent en mugissant lui évitent de répondre. Elle en profite même pour s’esbigner en trottant. Je vais la suivre lorsque les phares d’une voiture de police me clouent au mur. Docile, je lève les bras, dessinant une ombre chinoise – c’est bien le moment ! – grand format, et je me dis que la nuit va encore être longue – vivement mes pantoufles – tandis que j’écoute le tip-tap des talons aiguille de l’horlogère qui disparait dans l’ombre.

* * *

à suivre !

4e épisode du polar de novembre. Les titres des n°1, 22, 27, 46, 55 & 66 de la Série noire se sont glissés dans l’histoire. Pour la suite, je vous propose de choisir les prochains titres à incorporer (de préférence dans les numéros 100 à 200 de la Série noire (ici, la liste) ; à vous de jouer ! On peut aussi encourager un titre déjà choisi (j’en mets moi-même de côté pour la suite (dont « Pendez-moi haut et court »).

édit : voilà les titres proposés hier par les lecteurs :

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28 réflexions sur “Carnage au garage ! (4)

  1. Valentyne dit :

    Extra cette suite !
    Quel rythme ! Cela doit Être du au tip Tap des talons aiguille de La belle 🙂

    Comme titre je propose « des vertes Et des pas mûre  » et « embûche de Noël  » presque de saison 🙂

  2. MyoPaname dit :

    Forcément ça s’arrête au moment où … c’est comme la pub qui vient au moment crucial ! 😉
    « The man with my face » si tu accepte d’y mettre de l’anglais car le titre en français est moins inspirant 😉 et « un strapontin au paradis  » si ça te dit …

  3. almanito dit :

    Mais que fait la police?!!! a devient palpitant cette histoire, vite la suite!
    « corrida chez le prophète » ? Je suis sûre que tu vas nous glisser cela comme comme une lettre à la poste.

  4. laurence délis dit :

    Toujours un régal de lecture ! Et pour rester dans le ton de l’histoire et dans la saison : « Faits d’hiver » me parait approprié. Non ?

  5. gibulène dit :

    Des chinois ? je mettrai bien « des calissons en ligne de mire » 😉 enfin, si je résume sauvé par une horloge pas franchement comtoise, délaissé par l’horlogère qui s’esbigne en loucedé…. Novembre va avoir du mal à démêler les fils d’autant qu’il passe le relai à Décembre !!! Y a du lourd, là !!!

    • Hé pourquoi pas des chinois ?! En effet, Novembre a l’air mal parti : tout repose sur le privé qui a l’air de prendre son temps. En tout cas, merci pour les calissons 🙂

  6. jobougon dit :

    Whouah ! C’est vivant comme polar ! Enfin… Si on peut dire.
    La liste est pleine de ressources aussi ! J’ai dégoté « Bas les masques », et « au pifomètre » dans la liste, on ne sait que choisir tant ils sont tous tentants.

    • ça, ils sont tentants les tires de la Série noire, hein ! Avec l’aide des lecteurs, j’en ai déjà une liste de dix-huit, plus ceux que j’ai prévu de mon côté.. il ne va bien tôt plus rester de place pour les autres mots 🙂

  7. grumots dit :

    Un vrai film d’action cet épisode ! 😉 Pour les prochains titres à intégrer, j’en ai vu des rigolos (enfin c’est de l’humour noir) : « Un linceul n’a pas de poches », « Un os dans le fromage »… et je rajouterai « Une tartine de déconfiture » parce que gourmandise oblige, et aussi « À toi de faire, ma mignonne » parce que (Mignonne est mon surnom et) ça donnera peut-être l’occasion au privé d’oser flirter avec l’horlogère ? 😊

    • « un vrai film d’action » ? Ben c’est un polar, pas un roman de détective anglais… ça fonce et ça flingue, et tant pis pour les empreintes de pas sur les rododendrons et la cendre de durham sur le tapis du salon…:)

  8. Dominique dit :

    Les voleurs d’horloge veulent arrêter le temps mais ça va trop vite…

    J’hésite : Neige d’antan, Vendredi 13, Le Sonneur…

    • Arrêter le temps.. c’est une piste, ça… mais arrêter, c’est plus une marotte de policier qu’un truc de voleur…
      on va voir !

    • Milton dit :

      Ah oui ! Super idée ça… Voler des horloges pour gagner du temps ! On en manque tellement que c’est une denrée précieuse.

      Bravo et vivement la suite 🙂

  9. Oups, j’avais oublié d’arrêter le sondage ! Merci pour toutes les suggestions de titres. Le nouvel épisode est en ligne, avec :
    Des vertes et des pas mûres, Au pifomètre, The man with my face, Embûche de Noël, À toi de faire, ma mignonne, Un strapontin au paradis, Un linceul n’a pas de poches, Un drôle de corps, Corrida chez le prophète, Neige d’antan, Une tartine de déconfiture, Faits d’hiver, Le Sonneur, Un os dans le fromage, Bas les masques, T’as bonne mine et Vendredi 13…

  10. Asphodèle dit :

    Ha bah cet épisode mérite bien son titre, quel carnage ! Mais heureusement le tip-tap des talons de la belle lui redonne le mystère des romans noirs ! 😀

  11. Leodamgan dit :

    Toujours en retard avec un internet épisodique pendant ces vacances, pouf, pouf…
    Je retrouverai un rythme normal à la rentrée, je pense, après m’être remise à température. 😉
    Mais tout de même, quelle haletante histoire!

  12. emilieberd dit :

    Et ben! On sent que tu t’es fait plaisir en écrivant! Ça décoiffe!

  13. burntoast4460 dit :

    Superbes scènes d’action. Les talons aiguille sont éventuellement dangereux pour un adversaire mais aussi lorsqu’il faut fuir.

  14. Audiard et son costard n’ont qu’à aller se rhabiller Dard Dard, au vestiaire sans passer par la case janvier ! Tu me fous les jetons, sacrebleu, car si les Chinois s’en mêlent, on va déguster grave et pas avec des baguettes ni des pisse-au-lit par les racines. Un os dans le fromage ? On en frémit : « est-ce qu’il est guindé ou est-ce qu’il s’abandonne, le bougre » ? me disait hier mon marchand de camembert au lait cru, que ma secrétaire appelle « mon rappeur préféré » rapport à sa rappe qui travaille du piston. Je cours au suivant.

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