Le renard dans l’assiette -13

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11/04/2016 par carnetsparesseux

Résumé des épisodes précédents : Mais qui cherche en pleine nuit et à travers la maison des albums du Petit chaperon rouge et des Trois petits cochons ?

* * *

Les animaux peints regardent la porte et s’interrogent en silence : Va-t-elle – la porte – s’ouvrir complètement ? Et si oui, qui est derrière – et donc qui va rentrer dans la cuisine ? Et comment ce qui va-t-il réagir en découvrant un cochon dans la poubelle, un mouton devant le saladier, un canard dans l’évier, sans parler d’une poule déplumée sur le buffet et d’un loup au beau milieu de la cuisine ? Et d’un renard à moité coincé dans une assiette fêlée ! Qui c’est ? Qui sait ? Et puis la porte s’immobilise ; derrière, la lumière de la loupiote s’estompe. Puis les tiptaptop s’éloignent tandis que la voix s’atténue. On entend encore «…peut-être au salon ?… » puis plus rien. Le silence à peine revenu, la poule lance d’un caquet assuré :
« Voyons, le soir, la porte d’entrée est fermée à clef ; ça ne donc peut être que quelqu’un de la maison.
– Mais qui ? Robe-Pâle ? Menton-Bleu ? Gilet-Jaune ? La fillette ?
– Procédons par ordre. D’abord, quels indices avons-nous ? Et enfin quel mobile ? Recueillons tout cela, et, par déduction, nous saurons qui marche dans la maison, répond la poule qui commence à prendre au sérieux son rôle d’enquêtrice.
– Le mobile ? facile : l’album égaré du Petit chaperon rouge, dit le mouton.
– N’oublions pas les Trois petits cochons, dit le cochon.
– C’est noté. Des indices ?
– La légèreté des tiptaptop, répond le cochon.
– La petite voix, dit le mouton.
– Récapitulons : pour mobile, la recherche du Petit chaperon rouge et des Trois petits cochons ; comme indices, des tiptaptop légers et une petite voix, énumère la poule ; voilà qui exclu Gilet-Jaune ou Menton-Bleu.
– Qu’en sais-tu ? Gilet-Jaune a un pas très léger, surtout en chausson, rétorque le cochon, tandis que le mouton défend le maître de maison : pour manger avec lui tous les jours, je peux vous dire que Monsieur Menton-Bleu a une voix très douce, quand il veut. Mais je le connais, il ne se lèverait pas en pleine nuit.
– En es-tu bien certain ? demande le loup, qui regrette de n’avoir pas pu finir le Petit chaperon rouge – le livre, s’entend – et de rester sur sa faim. Il continue : vous ne les connaissez que le jour, et à table. Or la nuit n’est pas le jour – surtout une nuit de pleine lune. »
La remarque du loup plonge les animaux dans l’embarras – sauf le canard qui, pratique, gobe les bouts de pains flottant dans l’évier qui passent à sa portée : faut pas croire au père Noël, si quelqu’un – quel qu’il soit – franchit la porte, fini le gueuleton ! Et le petit renard, qui est tellement affolé à l’idée que la fillette puisse pointer son nez droit dans la gueule du loup que son cerveau fait du surplace.

 » Quand bien même, plaide le cochon, à son âge, Gilet-Jaune aurait bien le droit de faire un petit tour dans le salon, la nuit, et licher une goutte de liqueur, celle qui est si bonne pour les rhumatismes. Et quel mal s’il lit des contes, surtout des contes où il est question de cochon ?
– C’est comme Menton-Bleu, l’interrompt le mouton. Il lit à longueur de repas des tas de journaux noirs d’encre et de mauvaises nouvelles. Alors pourquoi pas, le soir, des contes, en attendant le marchand de sable ? Il a l’air si soucieux dans la journée, avec ses cols durs qui coupent le cou et ses joues rasées à ras… »
Rien que de penser au rasoir le mouton frissonne et se tait. Alors, dans le silence ponctué par les coups de bec dans l’eau du canard, on entend les tiptaptop qui reviennent. Chacun retient son souffle. Les pas s’arrêtent au moment où la lumière de la lampe se découpe sous la porte. Et puis une voix se fait entendre : « …la cuisine ? Non. La bibliothèque ?… » Et la lumière de s’encore détourner, le bruit de se ramenuiser…

Le mouton reprend : « Avec tout ce qu’il doit faire, pas étonnant qu’il ait des insomnies et qu’il veuille se détendre un peu quand personne ne risque de le déranger : son travail qui lui prend tout son temps et la maison à faire tourner… Le mouton n’a qu’une idée assez confuse de ce que ces deux dernières phrases peuvent bien vouloir dire, mais il a si souvent entendu Menton-Bleu les ruminer d’un air harassé au-dessus de son assiette que ça doit être sérieux. La poule en hoquète d’indignation :

– Mais à part se plaindre il ne fait rien ton Monsieur Menton-Bleu, c’est Mademoiselle Robe-Pâle qui fait tout ici ! »

* * *

à suivre !

Ne nous mêlons pas à la dispute de la poule et du mouton, c’est plus prudent… Mais on ne sait toujours pas qui marche dans la maison. Tiens, lecteur, à ton avis, qu’en pense la poule ? Réponse  via le vote et les commentaires.

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46 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -13

  1. gibulène dit :

    euh, j’ai du mal avec la psychologie appliquée aux gallinacées 😀

  2. jobougon dit :

    « Une poule pensive se mettait dans un coin du poulailler et se grattait la tête avec la patte. A force de se gratter, elle devint chauve. Un jour, une compagne s’approcha d’elle et lui demanda ce qui la préoccupait. « La calvitie », répondit la poule pensive. »
    Extrait de : « Les poules pensives » de Luigi Malerba.
    En attendant, j’ai voté COT ? CLOOOT ! Que j’ai trouvé intelligent comme remarque.

    • Moi aussi, Jo, sans savoir que tu avais voté ça ! Quelle unité dans la pensée ! Surtout qu’avec un Cot, Cloot, suit un Kodak, Kodak (en faillite d’ailleurs).

      • Merci Anne.
        J’ai pas encore voté, mais déjà cot cloot s’impose quatre à zéro ! Rare de trouver une formule qui fasse autant l’unanimité.

      • jobougon dit :

        Quand les grands esprits se rencontrent, Anne, dans un cercle de proseurs de tous poils et plumes, les réparties spirituelles font forcément l’unanimité. Je dois dire que carnet, tu as su donner la parole la plus juste qui soit à cette poule du treizième épisode.
        Raison pour laquelle malgré un Dacodac en berne, je revote encore une fois là où aucune entrave ne vient entraver la suite. Et à quand le quatorzième Pote Pote Podeck ?

    • Je ne connais pas Luigi Malerba mais il m’a l’air tout à fait sensé, ce monsieur (et zut, encore un truc à lire 🙂 )
      Et « cot cloot » me semble une réponse appropriée et ouverte qui n’entrave pas trop la suite des évènements.

  3. Alphonsine dit :

    La poule ne pense rien, elle ne pense à rien, elle parle. Que veux-tu demander d’autre à un tel volatile ? Et puis elle est méchante avec son bec aiguisé. Je vous rappelle, ô auteur de ce conte que le renard est toujours coincé dans l’assiette, et qu’il faudrait imaginer quelque technique appropriée et intelligente pour l’aider à en sortir, ou à un retourner.
    Quant à moi qui n’ai pas le cerveau d’un gallinacée, je pense que c’est la cuisinière (grosse dame arrivant le matin et repartant le soir) qui est revenue sans crier gare (elle a la clef de la porte arrière) pour chercher l’objet qu’elle avait oublié.

    • Alphonsine, je me rappelle qu’il y a un petit renard à libérer ou à rassietter, mais je me suis dit que la fin approchant, c’était peut-être le moment de laisser un peu de temps de parole aux autres protagonistes. Et si la poule ne pense pas, du moment qu’elle parle…
      Sinon, derrière la porte, la cuisinière ? Mais quel ustensile aura t-elle oublié ? un grand couteau ? une passoire ? La fin, comme l’horizon, s’éloigne à mesure qu’on s’en approche !

      • Alphonsine dit :

        Ella a oublié son livre de cuisine, un grimoire qu’elle ne laisse à personne la possibilité de le consulter. Il a été rangé à la bibliothèque entre « Guerre et Paix » de Tolstoï et « La petite maison dans la prairie ». Il faudrait également songer à mettre de l’ordre dans ce lieu avant de clore l’histoire !

        • Un livre de cuisine… ça me tente bien ; ça me parait même indispensable dans une histoire qui se passe dans une cuisine ! Promis, on rangera la bibliothèque et la cuisine. Mais qui ? le loup ou la poule ? encore une question, encore un horizon qui s’éloigne…( je n’ai pas dit « encore un épisode »)

  4. Leodamgan dit :

    On en est au même point qu’au dernier épisode, là. On n’a pas l’air d’être près de la fin… Ce n’est même pas son commencement… 😉
    Tout va se dénouer subitement?

    • Je suis embêté ; j’ai eu l’impression que la fin arrivait trop vite, alors je me suis permis un petit détour du côté des personnages secondaires. Peut-être que j’ai eu tort…
      Sinon, oui, tout va se dénouer, c’est sûr. Subitement ? peut-être. Mais bon, bavard comme je suis, il va bien me falloir un ou deux épisodes pour finir subitement !

  5. Asphodèle dit :

    Non mais hé tu nous fais tourner bourrique là !!! 🙄 C’est quoi cet épisode ??? Bon d’accord, on enquête et on se familiarise avec la poule mais on s’éloigne du sujet là ! 😆 En fait, je pense que tu n’as plus besoin de nous pour nous amener une chute en beauté, même le « vote » n’était pas indispensable ! Je m’en réjouis d’avance ! 😀

    • Ben quoi ? c’est un épisode 😉 On s’éloigne du sujet ? ça fait douze épisodes pour le renard contre un seul et encore, partagé entre cochon et mouton… Et, comme dit au dessus, je me suis dit que c’était bêta de ne pas laisser un peu de place aux autres animaux…
      Promis, on revient bientôt au renard (quoique, si la cuisinière proposée par Alphonsine se pointe, va falloir lui laisser la parole – surtout si elle croise Menton-Bleu dans le couloir, ça promet des explications….
      Et sinon, comme on nous dit dans la vraie vie, c’est important de voter, même si j’appliquerais de toute façon ma solution :))

      • Asphodèle dit :

        Là j’ai voté !!! Comme j’ai toujours voté dans la « vraie vie » mais pas sûre que je continue de voter à l’avenir ! C’est une autre histoire, restons-en à nos moutons, renards, cocottes que tu sais si bien faire vivre !!! 😀

      • Leodamgan dit :

        Sont vaches, les commentateurs, là… ?
        Oui, mais d’autant plus durs qu’ils sont « accro » à l’histoire… On halète, on pantèle, on frémit, on s’impatiente, on espère…
        J’ai re-voté pour accélérer, tiens!

        • Leodamgan dit :

          Tu noteras, en passant que les votes ne sont guère inspirés?

          • Faut dire qu’entre « CotClooot » et « rien », le choix fait penser à certains dimanches d’élection…
            Mais je suis surpris que les lecteurs ne trouvent pas exaltant de se glisser dans une cervelle de poule, rien qu’un instant.

            • Leodamgan dit :

              Ben si, justement, ils s’y sont glissé puisque presque tout le monde a voté pour « CotClooot » trouve-t-on autre chose dans une cervelle de poule? 😉

        • C’est surtout que les commentaires disent haut ce que je me disais à voix basse : l’épisode traine un peu la patte. Et forcément, ça ne fait pas l’affaire des haletants et des pantelants !
          Bon, on va voir ce que nous proposeront les suivants.

  6. monesille dit :

    Elle pense : oh il manquait plus qu’une bourrique dans l’histoire et regardez elle est entrain d’apparaître dans l’oeil des lecteurs du dodo 😀

    • Jolie, cette poule qui rêve de la bourrique qu’elle aperçoit dans l’oeil des lecteurs… qui regardent la poule en songeant à une bourrique… si ça n’est pas une mise en abyme ! (j’espère juste que tu ne penses pas que les lecteurs sont des bourriques…)
      encore un effort et on va bientôt pouvoir reconstituer le groupe des musiciens de Brème 🙂

  7. Dominique dit :

    Bon ben moi j’attends… on verra bien de toutes façons !

  8. Milton dit :

    Moi aussi j’attends la suite… mais je suis bien contente de voir le personnage de la poule se dessiner. Peut-être est-elle une des poulettes que l’on retrouve (acariâtres mais super personnages) dans l’histoire du petit loup gris et également dans celle de la petite ogresse ?
    Hummmm, il a de la suite dans les idées ce Dodo…
    La suite, la suite, la suite !!!

  9. domicano dit :

    La poule rousse ne pense pas mais agit. Elle sort de son tablier fil et ciseaux, elle attache un fil en travers de la porte comme ça, l’inconnu chutera avant de pouvoir les voir, le temps pour chacun de retourner à son assiette

    • J’aime bien cette poule équipée et décidée :)) Mais pourquoi rester en si bon chemin ? elle prend quatre verres dans le placard, envoie le loup chercher une bouteille de derrière les fagots, puis sort une machine à écrire et se met à dicter au mouton l’histoire authentique de la petite Poule peinte dans l’assiette 🙂

  10. Et pourquoi pas l’intervention d’un Deus ex machina? Un dodo qui en saurait plus que les autres, par exemple… (J’ai plus confiance dans l’intelligence du Dodo que dans celle de la poule)

  11. Valentyne dit :

    Coucou j’ai voté pour la bourrique que j’ai au fond de l’œil 🙂
    Et j’ai trouvé le petit renard http://www.maxitendance.com/2016/04/bebe-renard-sauve-lapin-peluche.html

    Bisesss

  12. emilieberd dit :

    Les animaux peints pour décorer les assiettes parlent et s’échappent, alors une poule peut bien penser et les lecteurs se transformer en bourrique😄😄😄
    Bises

  13. monesille dit :

    Et alors, et alors ?

  14. bon, il est temps de fermer le panneau de vote. Il est éloquent : Vous êtes très majoritairement pour qu’une poule fasse « Cot ? Clooot ! » ; assez peu pour qu’elle pense qu’il « manquait plus qu’une bourrique dans l’histoire et regardez elle est en train d’apparaître dans l’oeil des lecteurs » ; et personne pour oser penser qu’une poule ne pense jamais.

    je vais voir ce que je vais tricoter avec ça, et rendez-vous demain pour le prochain épisode !

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