Le renard dans l’assiette -9

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16/03/2016 par carnetsparesseux

Résumé des épisodes précédents : le petit renard peint peut-il aider la gamine à finir son assiette ? La fillette aimerait bien et lui ne demande pas mieux. Mais comment ?

* * *

« A table ! »
La fillette se précipite. Elle qui d’habitude traîne les pieds et chipote sa nourriture, quel changement depuis quelques jours ! C’est qu’elle a bien réfléchi à la question ; rejoindre le renard pour jouer dans l’assiette ou pour s’enfuir de l’autre côté de la terre, l’idée est tentante ! Mais – même si la fissure était moins étroite – il n’y faut pas compter : si elle est petite, elle n’est pas peinte, elle. Et on est dans la vraie vie, pas au pays des merveilles d’Alice. D’ailleurs, le problème est tout simple : elle a trop à manger, le renard a de l’appétit et tous les deux ont envie de jouer.

Alors, de part et d’autre de l’assiette, chaque repas suit désormais un même cérémonial : sitôt que la fillette noue sa serviette, le petit renard, à l’affût sous la glaçure, l’accueille en faisant mine de construire une cabane en haricots verts, ou de faire la sieste à l’abri d’une feuille de salade. En retour, elle lui lance une volée de radis qu’il évite en cabriolant. Bien sûr, on ne fait pas que jouer. Elle a même essayé de lui apprendre à lire avec les pâtes alphabet, mais l’expérience s’est vite arrêtée : ça lui rappelle trop l’école. A la place, on perfectionne la fissure avec mille prudences. Heureusement que depuis l’automne dernier, elle a une vraie fourchette et un vrai couteau ; plus besoin qu’un grand lui coupe sa viande. Et surtout – ce que les grands n’ont sans doute pas prévu – elle est mieux outillée pour gratter la faille de l’assiette ! Bien sûr, elle fait bien attention à ce que le renard soit à quelque distance : s’il s’approche trop de la lame, elle le gronde d’un froncement de nez. C’est qu’elle a des responsabilités : si le couteau dérapait, elle risquerait de blesser son ami.

Entre travail et jeux, on mange : la fillette choisit un morceau de viande ou un bout de légume – elle tient à ce qu’il mange de tout, même la glace à la glycine et les huitres gluantes de dimanche dernier – qu’elle découpe et écrase longuement. Le renard allongé sous la brèche lape le bouillon et grignote les petits morceaux qui s’effilochent. Elle prend bien soin aussi de porter sa fourchette à sa bouche, à intervalle régulier, et avale quelques fourchettées pour donner le change. Et puis si elle lui laisse tout elle tombera malade et c’est pas du fond de son lit qu’elle pourra porter à manger au petit renard. Et lui, s’il mange trop, va grossir et l’assiette sera vite trop petite ! Cette fillette, on le voit, a de la suite dans les idées. A ce régime, la gueule rouge du renard se garnit de crocs aigus. Il y gagne aussi des forces nouvelles, des crampes dans les mollets et une faim d’autres choses que de miettes, de bouillie et de sauce. Et puis, s’il est encore tout petit, il commence à se sentir à l’étroit entre glaçure et porcelaine. Mais il n’en gobe pas moins avec grand appétit la portion qu’elle lui offre midi et soir, tandis qu’elle s’efforce d’avaler sa part. A eux deux, l’assiette est bientôt vide.

« C’est curieux, cette petite mange mieux mais ne profite pas » soupire un matin la gouvernante. De quoi se mêle-t-elle ? Elle compte la vendre au marché, à tant-la-livre ? Heureusement, ça fait bien longtemps que personne ne l’écoute plus vraiment. Mais la fillette décide de mettre les bouchées doubles et de passer bientôt à la deuxième étape du plan.

Et un beau soir c’est le grand jour : alors que le petit renard peint court d’un bord à l’autre à la poursuite des lardons en zigzaguant entre les lourdes frites dorées, la gamine l’arrête d’un clin d’œil. Puis elle pousse près de la faille un dé de poulet rôti et repose fourchette et couteau sur la nappe. Le renard, interloqué – mais elle ne le découpe pas plus ? Mais elle ne l’écrase pas ? N’en fait pas de la bouillie ? – se tourne vers elle et l’interroge du regard : « Quel est ce nouveau jeu ? »

 

* * *

la suite est ici !

Au lecteur d’infléchir la marche du destin, en votant pour une (ou plusieurs) options ou en en proposant d’autres dans les commentaires (elles seront ajoutées dans le sondage). Bien sûr, on peut changer d’avis et voter autant de fois qu’on veut.

La question du jour : « quel est ce nouveau jeu ? »

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48 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -9

  1. sandrion dit :

    L’histoire se corse !! Les deux derniers épisodes m’ont beaucoup plu. Moi aussi je me rappelle avoir joué avec la nourriture de mon assiette et rêvassé sur les motifs de mon assiette…

  2. walachniewicz dit :

    Il me plaît ce petit renard et cette fillette, voilà une histoire pour enfants qui se construit tout joliment, bravo ;o)

    • Oui, l’histoire se construit, je ne sais pas trop ou elle nous emmène mais elle prend un joli chemin ; c’est aussi une histoire pour les adultes – enfin, ceux qui veulent bien la lire 🙂

      • walachniewicz dit :

        oui bien sûr, c’est aussi pour les adultes mais je trouve qu’elle a une portée enfantine très belle (je suis déformée par mon travail théâtral en milieu jeune public ! )

        • En fait j’écris sans me poser la question de l’âge des lecteurs ; mais j’aimerai bien savoir comment cette histoire passe auprès d’enfants (si quelqu’un qui fait un travail théâtral avec un jeune public lit ceci… 🙂 )

          • Alphonsine dit :

            Lorsque mes enfants étaient petits, je leur faisais des spectacles de marionnettes avec un castelet fait maison et des marionnettes créées pour chaque histoire. L’autre jour, je me disais que cette histoire pourrait très bien s’adapter pour des marionnettes.
            Ce sera pour mes petits enfants.

  3. burntoast4460 dit :

    Le renard va forcément grossir. il va falloir trouver un moyen de « rentrer dans le cadre ». 🙂

    • En effet, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher le renard de grossir (je refuse la diète forcée) ; dès lors, faut-il « rentrer dans le cadre », ou franchement en sortir ?

  4. gibulène dit :

    Le petit Renard n’a plus besoin qu’on écrase la nourriture, puisque ses crocs sont bien pointus…. la petite fille est malicieuse …… elle sait qu’elle ne peut rentrer dans l’assiette, a lui d’en sortir pour attraper le petit dé de poulet…….. mais elle a aussi prévu toute une stratégie pour le « récupérer » dès la sortie et le protéger des adultes incultes!!!

  5. loisobleu dit :

    L’heureux nard de poulet, fut longtemps la célébration du Dimanche. Chez moi on allait pas à la messe mais on priait pour que le billet galant nous arrive doré et tout croustillant..et m^’ime que les petits garçons avait aussi de l’appétit pour les petites filles !

  6. jobougon dit :

    Jouer à faire sortir le renard de sa cabane en haricots verts, c’est le pari que la petite fille tente en lançant un dé de poulet. Si c’est un as qui sort, elle gagne le droit de faire lancer le dé au renard. Il avance une patte dehors, puis une autre, puis le reste du pelage, elle a réussi à le faire sortir de son assiette.

    • Et allons donc, on parie à table ? C’est plus une salle à manger, c’est un casino !
      De toutes façons, jamais un coup de dé (de poulet) n’abolira le hasard (de renard).

  7. MyoPaname dit :

    « Supercalifragilisticexpidélilicieux  » est le mot qu’elle prononcera si le renard parvient a saisir un infime bout de ce dé de poulet. Tout le monde le sait, ce mot magique à le pouvoir de sortir les gens d’une situation difficile et même de changer leur vie 😀

  8. Alphonsine dit :

    Mais c’est juste impossible ! Si le renard apprend à attraper les bouts de viande dans l’assiette, il va finir par devenir imprudent et sortir. Et alors là, c’est la fin de l’histoire. Or ce n’est pas ce qu’on veut, l’histoire ne fait que commencer.
    Le renard pleure de vraies larmes; La petite fille est attendrie, mais avec tout ça tout le monde a fini son assiette et attend la fillette en la regardant manger. L’heure est grave.

    • Alphonsine, merci pour ce « c’est juste impossible » qui me laisse penser que cette histoire accroche bien ; mon souci, c’est qu’une histoire doit avoir un début et une fin (et puis je pense qu’il vaut mieux un peu trop court que beaucoup trop long).
      Mais rien n’empêche de faire quelques détours.
      Voyons, un petit renard qui pleure au fond d’une assiette… des adultes qui attendent devant des assiettes vides… l’heure est grave.

      • Alphonsine dit :

        En fait, les adultes sont las d’attendre, et punissent la fillette : elle doit rester devant son assiette, seule à table jusqu’à ce qu’elle soit vide. A ce moment-là tout est possible !!!!
        Et pour répondre à ta question, mes enfants auraient adoré cette histoire.
        Et puis, je vais troquer mes assiettes blanches contre des assiettes à dessins de renard, de poule, de chasseur…

        • C’est sûr que le tête-à-tête fillette/renard serait un moment fort ; mais punir la gamine, je ne sais pas si les adultes ont autant de pouvoir (dans cette histoire du moins)… Bon, tout est encore possible, il faut juste que trouve dans quel ordre ça va arriver.

          Héhé, ça fait quelques semaines que je cherche une assiette à renard, en vain. Peut-être que je devrais lancer une série limitée pour les lecteurs du blog ? 🙂
          je suis moins fan de l’assiette du chasseur

  9. emilieberd dit :

    C’est en jouant que l’on apprend le mieux! Alors pousser le dé avec le nez le poussera t-il à sortir?…

    • Je pensais que tu voulais pas qu’il sorte, parce que « dehors c’est beaucoup trop dangereux pour un petit renard »…
      mais sinon, d’accord pour l’apprentissage par le jeu ;quoique pousser un bout de poulet avec son nez, est-ce vraiment pédagogique ? 🙂

      • emilieberd dit :

        C’est pas faux…mais au train où vont les choses, je ne sais plus trop quel issue est possible…Si la fissure s’agrandit…Ce que je sais c’est que tu vas me surprendre😉 Oooh! Attends un peu…

  10. Asphodèle dit :

    Ho non ! Je suis frustrée, elle a un plan et tout et tout, le renard a son « destin » déjà tracé (c’est toi qui le dis en commentaires), donc j’ai comme l’impression que tu sais déjà ce qui va arriver ! 😆 Et tant mieux puisque c’est toi qui l’écris ! Alors faut-il qu’il résiste à la tentation afin de pas grossir et rester le petit renard joueur de l’assiette, au « destin tracé » de renard verni ? Faut-il que l’assiette éclate sous ses jeux de plus en plus costauds ? Je n’ai aucune imagination, j’adore me laisser embarquer comme tout à l’heure et avoir envie de connaître la suite ! J’ai voté quand même Sinon cette histoire est parfaite pour les enfants aussi mais nous, nous sommes de grands enfants, c’est pareil ! Je crois que c’est Maurice Carême qui disait (je n’ai pas les mots exacts, juste l’idée) que quand il écrivait, il n’écrivait jamais spécifiquement pour les enfants… C’est ça le talent, ne pas se cantonner à un genre et plaire quand même à un autre ! 😉 C’est quand la suite ? 😀 Pas dans 10 jours hein ?

    • Attends, rien n’est joué ! « la gamine a un plan » ? mais faut encore qu’il marche ; « le renard a un destin tracé »… et s’il sort des traces ? Et avec ça tu as l’impression que je sais ce qui va arriver ? je peux te prédire le printemps pour le 21 mars, mais le reste c’est un peu plus flou…
      sinon, je suis d’accord avec Maurice Carême (que je ne me rappelle pas connaitre, va falloir que je retourne à la bib’), on n’écrit que d’une façon, tant mieux si c’est la bonne, sinon on s’égare. Bref, je suis très touché et content du succès de cette histoire improbable de renard peint. Je sais pas si je l’aurai apprécié quand j’étais môme, mais là je m’amuse comme un gamin !

      La suite ? la semaine prochaine (ce week end, j’ai agenda ironique), mais je vais pas laisser le renard hésiter dix jours 🙂

      • Valentyne dit :

        « Ce week end j’ai agenda ironique et rendez
        Vous avec un renard » sera ma réponse aux questions de mes collègues demain au café : déjà qu’ils me regardent bizarrement 😉 !

  11. Le petit renard aura-t-il assez de force pour venir chercher le dé lui-même? Allez, dis-nous tout carnet paresseux : ne serait-ce pas ça le nouveau jeu?

  12. domicano dit :

    faudra bien qu’il sorte de son décor le renard ! le morceau de poulet comme une branche pour se hisser en dehors de la fissure ???

    • jobougon dit :

      Je suis bien d’accord, le nouveau jeu, c’est de faire sortir le renard de l’assiette. Le dé de poulet n’est qu’un prétexte, ça aurait pu être une aile ou une cuisse… 😉 Ho hisse !!! Encore un petit effort et on y est.

    • Sortir ? Et s’il s’y sent bien, dans son décor ? Ou s’il peut tout simplement pas sortir ?
      On va voir s’il arrive se faire la courte-échelle avec le bout de poule…

  13. domicano dit :

    j’ai triché !

  14. Leodamgan dit :

    Ai voté pour que le renard se hisse sur le dé. J’ai envie qu’il fasse quelques pas dehors même si, effrayé par le vaste monde, il retourne plus tard dans son gite familier.

    • Mo, d’une façon ou d’une autre, le renard risque bien de faire un tour hors de l’assiette, même si le vaste monde est en effet plutôt effrayant, et cet an ci tout particulièrement.

  15. bon, assez voté, je boucle le sondage et le prochain épisode arrive tout de suite.

  16. monesille dit :

    Ca y est j’ai réussi à reprendre le fil de l’histoire ! Trop tard pour voter mais je compte sur ton imagination pour pallier à la mienne.

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