Le renard dans l’assiette -7

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06/03/2016 par carnetsparesseux

Résumé des épisodes précédents : un petit renard peint dans une assiette fissurée prend forces et vie à la suite d’une coulée de jus d’endive -dans la fêlure. Alors que, ne se sentant plus de joie, il essaie ses nouveaux pouvoirs, vlatipa qu’il s’aperçoit que son hôtesse regarde le fond de l’assiette avec insistance…. démasqué ?

* * *
« Est-ce qu’elle m’a vu, se demande le petit renard ? En tout cas elle ne bouge pas d’un poil, à croire qu’elle est peinte dans une assiette  ! Mais on dirait bien qu’elle me regarde ; est-ce qu’elle a vue que j’ai la gueule grande ouverte  ? Mieux vaut ne pas bouger pour l’instant».
En effet, la fillette regarde le petit renard peint : « C’est curieux, ce renard à côté de l’arbre peint – en effet il y a un arbre peint dans l’assiette, à côté du renard – avec sa bouche – non, pas la bouche  ; pour un renard on dit la gueule – grande ouverte… On dirait qu’il attend le fromage du corbeau de la fable de l’école…  C’est bizarre, c’est la première fois que j’y pense…Mais ! Hier il ne se tenait pas comme ça ! »
Coite de surprise, elle réfléchit à toute vitesse : « Oui, on dirait bien qu’il est différent des autres jours… moins pâle, comme moins effacé, mais aussi plus vif, si c’était possible…  Et après tout, si je le vois, c’est que c’est possible, non ? »

Le petit renard essaie anxieusement de déchiffrer les pensées qui défilent dans les yeux bleus : « Pas de panique, peut-être qu’elle contemple l’endive qu’elle pitrougnait avec sa fourchette. Restons immobile… Aïe, une crampe à la mâchoire  ; Ouille, faut que je referme la gueule… tant pis… l’air de rien… doucement. Avec un peu de chance elle ne remarquera rien »
Elle : « Mais il n’avait pas la gueule grande ouverte il y a un instant? Mais alors il bouge, ou quoi ? »
Lui : « Mais si c’est moi qu’elle regarde, elle m’a vu bouger ; et si elle m’a vu bouger, elle va le dire aux autres… »
Elle : « S’il bouge, je devrais le dire aux grands… Non, ils vont croire que je raconte ça pour faire mon intéressante ou bien ils me prendront pour une idiote ; et puis pour une fois ils auraient raison : ça bouge pas un renard peint »
Lui : « Peut-être qu’elle rêve – à une endive ou à une rose ; les filles c’est comme ça. Ou alors elle me regarde… Comment savoir ? »

Alors, pour en avoir le cœur net, le petit renard se carre au fond de l’assiette, respire une longue bouffée d’air – chargée du doux parfum de l’endive braisée – et  le tout pour le tout, cligne de l’œil en fixant la gamine. Celle-ci manque lâcher sa fourchette, s’empourpre, puis, sans hésiter, cligne de l’œil en retour !
Le repas se finit sans qu’aucun des deux s’en aperçoive seulement, chacun plongé dans une profonde rêverie. Ce à quoi la fillette peut songer, je vous le laisse imaginer. Quant au renard, il suffit de dire qu’il ne remarque même pas le plongeon dans l’évier ; c’est tout juste si, instinctivement, il ferme nez et bouche – pardon, truffe et gueule – pour s’ épargner l’eau savonneuse.

De retour sur le vaisselier, il s’examine attentivement. Et il se découvre des détails que le peintre avait négligés : son poil est plus dense, sa queue plus touffue ; des petites griffes apparaissent désormais au bout de ses pattes, elles-mêmes mieux dessinées ; tout ça grâce à une goutte de jus d’endive ! Mais cela n’est rien par rapport au reste : il a une amie – c’est le mot qui lui vient à l’esprit, même s’il ne sait pas très bien quel sens lui donner  – et pas une amie peinte, et de l’autre coté de l’assiette  !
Ivre de gratitude, il s’endort en rêvant de rayer, fêler, fissurer les assiettes de ses compagnons figurés pour que la chance aidant ils goûtent eux aussi à la nourriture et à la liberté. Peut-être aussi rêve-t-il de se promener, libre renard peint dans un libre poulailler de porcelaine, parmi les poules, dindes, lapins, ses compagnons de vaisselle, ou encore pour, changeant d’assiette à sa guise, changer de place à table, selon la mine des convives et son humeur changeante de renard.
Au petit matin, c’est la faim qui le réveille ; bien, sûr, elle aussi a encore grandi. Mais ça n’a aucune importance, puisque tout à l’heure il mangera. D’ailleurs il y a quoi au menu ce midi ?

 

* * *

à suivre !

Au lecteur d’infléchir la marche du destin, en votant pour une (ou plusieurs) options ou en en proposant d’autres dans les commentaires (elles seront ajoutées dans le sondage). Je rappelle qu’on peut voter plusieurs fois.
La question du jour : « Il y a quoi au menu ce midi ? »

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52 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -7

  1. Dominique dit :

    Il va s’embourber dans la reblochonnade ! faut lui envoyer un 4X4 pour le sortie de là !

    • La roblochonnade est une proposition de Valentyne dans l’épisode précédent 😉
      Je suis d’accord, c’est un peu épais pour notre petit renard ; et attention, pas de 4X4 dans la cuisine !

  2. Leodamgan dit :

    Une salade verte avec des coques et des tranches de magrets de canard fumés, en vinaigrette.
    C’est léger et très bon (recette fournie gracieusement).

  3. J’attends avec impatience la suite des aventures ! J’ai voté pour la reblochonnade qui me parait prometteuse 🙂

    • Merci ; le petit renard sera sûrement très content de la roblochonnade. Moi aussi, j’attends la suite avec impatience…. où les propositions et les votes vont-ils nous emmener (enfin, nous ; le renard et la gamine, surtout)

  4. gibulène dit :

    Le pitrougnage d’endive, c’est de la procrastination de repas……….. on va éviter de dire qu’il y aura les restes de la veille dans l’assiette !!!
    Le repas : gratin de fleurs de courgettes et glace à la glycine sauvage 😉

    • Merci Gibulène ;
      Pitrougner, c’est déjà procrastiner ? De toutes façons, on va pas resservir les plats froids de la veille, c’est pas le genre de la maison !
      et je transmets en cuisine la recette de gratin de fleurs de courgettes et la glace à la glycine

      • gibulène dit :

        Cette petiote qui rechignait devant ses endives aurait de toute évidence aimé qu’on ne les lui serve pas ce jour là !
        J’espère que le cuisinier ne m’en voudra pas 😉

  5. MyoPaname dit :

    Le renard est parait il, très opportuniste, ce qui lui permet de s’adapter à des milieux très différents et de modifier son alimentation selon son environnement… alors huitres ou poulet…ces papilles seront contentes ! Ce qui pourrait être rigolo : un coq au vin pour le conduire à l’ivresse 😉

  6. sandrion dit :

    J’ai lu gloutonnement tous les épisodes du renard depuis le début ! Tout avalé en une seule bouchée ! Me voilà à peine rassasiée : que va-t-il arriver à ces deux personnages, tout aussi attachants l’un que l’autre ? J’attends la faim, euh… la fin !

  7. Fascinante ton histoire… J’ai hâte. J’ai choisi du coq, pour un renard, pour le faire basculer dans sa nature première. Amuse-toi bien !

  8. Asphodèle dit :

    Ha ha excellent épisode et ce que je remarque surtout (davantage que ce qu’il va manger demain) c’est que l’assiette GRANDIT !!! Rhaaa là il va se faire remarquer et pas seulement par la petite rêveuse ! Bon alors je serais curieuse de goûter une glace à la « glycine sauvage », si tant est que la glycine soit comestible et des fleurs de courgettes, voilà un menu très poétique, il me tenterait si je le voyais sur une carte ! 😉 Vivement la suite (comme d’hab’ !) 😉

    • Asphodèle, l’assiette grandit ? j’ai écrit ça? la faim grandit, oui, et le renard est plus net, mais je te jure que je n’ai pas touché à la vaisselle… ou alors ça va devenir « les aventures de l’immense renard peint dans le grand plat à tarte »
      sinon, on dirait que oui, la glycine se mange (mais je n’ai pas encore trouvé la recette de la glace à la glycine) !

  9. Alphonsine dit :

    J’ai voté pour la roulade de jambon béchamel avec plein de gruyère, parce que nous sommes lundi et qu’il faut aller vite en cuisine… On gardera le coq au vin pour un dimanche. Respectons les cuisinières pressées par temps !!!

    • Alphonsine, d’accord pour un plat simple et efficace, même si, paradoxe du calendrier, le temps que je prépare l’épisode et que je le serve, on sera rendu au repas de mercredi midi – que les lecteurs pourront encore goûter plusieurs jours…Et je retiens bien sûr le coq au vin pour un épisode dominical.
      Et merci de votre passage.

  10. jacou33 dit :

    D’abord merci pour le verbe « pitrougner », tellement imagé!
    Et pourquoi pas un banal poulet frites, qu’ils se partageraient, renard et la fillette, sans pitrougnage.

    • Merci Jacou ; c’est joli « pitrougner », hein ? j’ai hésité à l’employer parce que je pensais que c’était un mot « de famille » inconnu au delà de la cour, mais il parait qu’on le dit en Dauphiné ainsi qu’en Brionnais (entre Chauffailles, La Clayette et Vindecy – à nous l’international !).

      Et un poulet-frites, un !

      • emilieberd dit :

        Un vrai moment de culture locale! Alors chez moi (Dauphiné), on dit « pichtrougner », mais bon c’est peut-être une variante familiale…Le sens est le même et ce n’est pas une blague!

  11. Oh, j’ai cru que c’était la fin passssse que trouver une copinette clin d’œil d’un coup d’un seul, c’est génial et touchant comme le beurre au sel de Guérande ! (J’ai quand même voté pour le poulet aux huitres et vice et versa ! ça doit être dégueu et j’ai hâte de voir sa gueule au renard et à la copine).

    • ça fiche un coup, la communication trans-glaçure, hein ! Mais non, on ne va pas finir sur un simple double clin-d’oeil. Et (attention spoiler) il ne saurait y avoir de fin tant que le héros renarde dans son assiette. Va lui falloir trouver une issue ; la gamine l’aidera-t’elle ? suspense….
      Quant au poulet aux huitres, végétarien, je ne peux que faire bueurck !! Mais même dans mes souvenirs de cannibales, ça ne m’aurait pas enchanté, je ne sais pas pourquoi 🙂

  12. walachniewicz dit :

    j’aime le découvrir à chaque fois votre petit renard ;o) sans infléchir le cours de son destin

  13. emilieberd dit :

    Cela se mange la glycine? J’ai toujours entendu que c’était « poison » (bon, en même temps, chez moi, on pichtrougne hein!? 😄) Peu importe, de toute façon, c’est toi le chef!!! Et « glace à la glycine sauvage » sonne merveilleusement!
    Son parfum me flanque de telles migraines que je n’ai pas voté pour elle.

    J’ai voté pour la béchamel, pour un renard peint bien nourri! Suis heureuse de voir la fillette dans son assiette! Enfin en forme quoi! Sans tétanie, sans crise cardiaque! Ouf! Peut être des hallu…mais peut être pas…😄😄😄

    Bises

    • C’est toxique ? aïe aïe aïe ; c’est Gibulène qui a proposé la glace à la glycine sauvage, et je n’ai pas encore trouvé la recette.
      Et bien sûr qu’on va s’arranger pour que la gamine aille bien et qu’elle arrête de pitrougner ses endives. Mais attention, trop bien nourri, le renard va déborder de son assiette et rouler sur la nappe !

  14. jobougon dit :

    Pitrougner me fait penser à un mot que je n’ai pas retrouvé sur internet mais que nous utilisions dans notre famille : « Naquiller » qui voulait dire manger lentement à contrecœur tout en tousillant la nourriture dans son assiette, (tousiller ou patasser), c’est un peu comme chipoter.
    D’où le proverbe renard : Pitrougner ne fait pas la poule grasse.
    Au menu donc : Ailerons de dodo dorés au four et sa compotée de topinambours. 😉

    • tiens donc, « naquiller »…. ils en causent sur cette page là : https://fr.wikipedia.org/wiki/Patois_marnais (comme patasser, mais sans tousiller) ; je pense que pitrougner à un sens plus large que l’assiette, si j’ose dire ; ex : « de ses pattes griffues, le chaton pitrougnait rageusement le châle oublié sur le canapé mauve » (Victor Hugo, La légende des siècles, 1859)

      Quant au menu, je le note mais le désapprouve ; de plus pour qu’il soit possible faudrait que l’histoire se déroule avant 1650 – extermination du dodo -, date à laquelle il serait difficile de citer La Fontaine 😦
      d’autre part, parait que le dodo avait un gout détestable ; j’en donnerais pas à mon renard !

    • jobougon dit :

      Rhôô, comment tu as fait pour trouver LA page qui m’a fait revoir des mots que j’avais oublié, comme papinette, (cuillère en bois), ramoyer, (mettre en tas), s’empierger, (se prendre les pieds dans…) Et comment je vais faire, moi, pour modifier le menu ? C’est sûrement une oie alors que j’ai acheté ! La honte ! Ne pas reconnaître un dodo d’un kiwi ou d’une dinde !
      J’ai voté pour la salade verte de léo, histoire de la faire plus légère. Et pour me faire pardonner :

      • La page patois-marnais ? coup de chance ! et double chance puisque tu t’y retrouves !
        Le français est vraiment une trop rien chouette langue qu’on puisse y ramoyer les papinettes sans s’empierger d’dans !
        pour le menu, pas de souci, les votes sont truqués, pas de danger qu’on cuisine du dodo !
        et sinon, vraiment trognon, le permis pingouin/pélican 🙂

        • jobougon dit :

          J’adore me ramoyer les papinettes en cuisine, à la pêche comme à la pêche, hop !
          Une glace à la glycine sauvage, moi ça me fait penser à « glisser dans la piscine »…
          Je propose l’écrevisse à la crème de Taurus, ça peut ?
          Et je vote pour les fourmis enrobées de chocolat à la mode tamanoir.

  15. Bon, à peu de jours du prochain épisode, faut bien dire que le menu est loin d’être établi et les plats tiennent dans un mouchoir de poche (ce qui est peu patique) : ex-aequo avec trois voix chaque, la classique roulade de jambon béchamel gratiné avec plein de gruyère râpé, la robuste reblochonnade, la délicate salade verte avec des coques et des tranches de magrets de canard fumés, en vinaigrette et l’exquis gratin de fleurs de courgettes (suivi de la glace à la glycine sauvage) ; juste derrière, viennent les huitres au poulet, le coq au vin (plats du dimanche) et l’indémodable poulet frites ;
    (introuvable, l’aileron de dodo est retiré du menu, et je m’en félicite)

    bref, n’hésitez pas à voter et à revoter, sinon les personnages vont avoir une indigestion !!

  16. jobougon dit :

    Areuhvoté ! 😉

    • Et voilà le score final : la roulade de jambon béchamel et le gratin de fleurs de courgettes passent en tête, les fourmis enrobées de chocolat font une belle remontée et rejoignent la reblochonnade et la salade de coques ; derrière, le classement est inchangé.

      Merci pour toutes ces suggestions, j’arrête le menu et je passe en cuisine !

  17. mariejo64 dit :

    j’ai toujours « pritougné » dans mes assiettes, et faisais le désespoir de ma mère ! Elle appréhendait l’internat auquel j’étais condamnée puisque pas de voiture pour aller au lycée, trop éloigné de la maison. Petit à petit je me suis peu ou prou efforcée de manger ce qu’on me servait, mais bien souvent le coeur gros et l’estomac au bord des lèvres. Ah s’il y avait eu un petit renard pour me tenir compagnie dans ces moments de solitude, cela m’aurait bien plu ! Je continue la lecture et passe au chapitre suivant ! Bisous cher Dodo.

  18. domicano dit :

    J’ai raté un épisode, heureusement il ya le podcast!! Je vais voir le huitième…

  19. Valentyne dit :

    Suis plus en retard que le lapin blanc

    J’adore ce passage (entre autre)  »
    Lui : « Peut-être qu’elle rêve – à une endive ou à une rose ; les filles c’est comme ça. »

    …miam la roblochonnade 🙂

  20. monesille dit :

    Des endives braisées qui raniment un renard, je m’en vais raconter ça à mon petit fils, ça le décidera peut-être à en manger 😀
    et je file, je vais lire la suite…

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