Le renard dans l’assiette -6

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03/03/2016 par carnetsparesseux

Résumé des épisodes précédents : un petit renard peint dans une assiette s’ennuie sur le vaisselier. Un beau jour, son assiette se fêle et il découvre qu’il peut sentir et bouger. Est-il le seul dans ce cas parmi les hôtes des assiettes ?

Anxieux de trouver une marque de vie chez ses compagnons de vaisselle, le renard les scrute avec une attention nouvelle. S’il avait seulement un semblable, un ami… Mais il a beau guetter à s’en faire passer des étoiles devant les yeux,  le mouton reste planté dans son herbe peinte ; le poulet ne décolle pas le bec du grain peint ; le cochon ne daigne pas sortir de sa bauge ; le canard fait le bouchon sur sa flaque de peinture. Et le loup ne sort pas du bois. rien ne bouge dans le vaisselier, et le renard sent un grand froid l’envahir : il n’est donc qu’un petit renard dans une assiette, tout semblable à cent mille petits renards dans cent mille assiettes. Autant dire qu’il est seul, aussi isolé dans son assiette que sur une planète perdue.

Mais peut-être est-ce qu’il s’y prend mal ? Si un de ses compagnons est vivant, il est probablement méfiant. Avec raison : être un dessin animé, c’est un secret qui ne se partage pas avec n’importe qui. Voyons, qui pourrait être un ami ? Qui pourrait avoir confiance en lui ? Lui, en qui aurait-il confiance ? Le canard ? ça flotte et ça vole, un canard ; un renard, non. Le poulet – ou la poule ? Quelque chose dans sa mémoire de renard lui laisse penser qu’il y a une relation particulière entre eux… mais d’amitié ? Et puis à y bien réfléchir, une poule, ça ne sort guère de la basse-cour ; alors qu’un renard n’y rentre pas souvent. Le cochon ? D’accord, il a quatre pattes – comme le renard – mais il reste cantonné à la cour de la ferme – comme la poule ; et puis ça n’est qu’un futur jambon. Le mouton, lui, sort de la ferme et va dans les prés. Mais comment y voir autre chose qu’un gigot qui bouge ? Reste le loup. Le loup, c’est autre chose. Ils se ressemblent, tous les deux ; même silhouette, même gueule, mêmes dents. Le loup est juste un peu plus grand et plus sombre que lui… pour tout dire, il lui parait un peu inquiétant et pas facile à apprivoiser…
Enfin, il faut essayer. Le petit renard risque donc de discrets signes de reconnaissance vers l’assiette du loup. Mais il a beau tordre le nez, tirer la langue, cligner de l’œil, c’est sans succès. Tant pis pour la prudence ; après tout, qui peut le voir ? Alors, il se décide à un signe plus ample et essaie de bouger une patte ; mais sa patte ne bouge pas… son museau non plus ! Ni sa langue ! La panique le submerge – il est paralysé ! Puis  il se reprend : bien sûr, il n’y pas beaucoup de force dans une goutte d’eau ; il a épuisé ses provisions et voilà tout. Il va falloir être patient et attendre le prochain plongeon dans l’évier.

Mais le lendemain, oubliés, les compères de la vaisselle ! À table, les événements se précipitent : alors que la fillette joue à écraser une endive braisée, un peu de jus coule vers la fissure et s’infiltre dans l’assiette. Le doux parfum d’endive diffuse jusqu’au nez du petit renard. Immédiatement ses narines sont aux abois : quel fumet enchanteur ! Voilà que la goutte glisse plus avant dans la fêlure. Patience, renard… elle s’arrête, hors de portée… puis une seconde goutte suit le même chemin, rejoint la première et la pousse en avant.
Les yeux exorbités, la truffe en alerte, le renard les suit du regard… voilà qu’elles descendent le long de la faille jusque sous son museau ! Alors, d’une torsion de langue, il lape la goutte de jus d’endive. Oh, ce goût ! C’est tellement meilleur que l’eau de vaisselle, et mille fois plus nourrissant.

Le renard se concentre sur la nouvelle sensation qui irradie dans son ventre et se glisse dans son pelage, jusqu’au bout de sa queue ; dans ses pattes, jusqu’aux coussinets, jusqu’aux griffes. S’il pouvait bouger ? Il essaie ; sa queue ondule, ses pattes se tendent, son dos s’arrondit, son cou tourne, sa mâchoire claque ! Il ne sent plus de joie, ouvre une large gueule rouge ; ce faisant, il s’aperçoit que la fillette fixe le fond de l’assiette avec une attention inaccoutumée…

* * *

à suivre ici !

Lecteur, tu peux infléchir la marche du destin, en votant pour une (ou plusieurs) options ou en en proposant d’autres dans les commentaires (elles seront ajoutées dans le sondage). Je rappelle qu’on peut voter plusieurs fois.
La question du jour : « Mais qu’est-ce qu’elle regarde ? »

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28 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -6

  1. jobougon dit :

    La petite fille regarde les quelques feuilles d’endives braisées qui restent dans son assiette, disposées par hasard en forme d’arbre. Elle se dit qu’il ne manque plus que le corbeau et le fromage, et la fable qu’elle a appris à l’école hier est complète. Puis elle voit le renard gueule grande ouverte, alors elle n’en croit pas ses yeux. Lit-il dans ses pensées ? De stupéfaction, elle reste figée, comme la sauce refroidie, s’attendant à tout moment à voir le renard bouger…
    Mais tout de même, je vote pour la rose, bien évidemment. J’ai toujours eu un faible pour celle du petit prince.

    • « Maître Corbeau, sur un arbre-à-endive perché
      tenait dans son bec un fromage.
      Maître renard, par l’odeur d’endive braisée alléché,
      lui tint etc etc etc… »
      Et le renard qui suit la fable dans les yeux de la gamine et qui attend son fromage !!

      la rose, bien sûr, c’est celle du Petit Prince 🙂

  2. Asphodèle dit :

    Rhaaaa excellent, tu décris ce « frémissement » du renard avec une subtilité qui n’appartient qu’à toi ! Difficiles tes trois choix de suite ! Car si la petite fille qui doit bien connaître ses assiettes, note une différence en voyant le renard gueule ouverte, elle peut croire que c’est l’endive ou…tomber en catalepsie qui lui fera entrevoir une rose à la place de l’endive !!! Tout est possible, alors je laisse à l’auteur le soin de se débrouiller !!! 😆 Mais j’ai voté ! Ça devient haletant ! Vite la suite ! 😉

    • Merci Asphodèle ; la subtilité et le frémissement n’appartiennent qu’au petit renard ; moi, je copie, de loin.
      Si les trois choix ne conviennent pas, faut vite en proposer un ou deux autres ; de toutes façons, je sais bien qu’après le vote je devrais me débrouiller pour débrouiller cet embrouillaminis 😉
      la suite ? lundi ou mardi….

  3. marinachili dit :

    Une excellente idée ce canard qui se promène comme des personnages sortis d’un miroir.
    Bravo

  4. emilieberd dit :

    Pauvre petite fille! Lui faire des frayeurs pareilles! Ce ne sera plus « sinon le loup va venir te manger » mais « sinon le renard peint au fond de l’assiette va bouger »!:D Remarque Mambo 3 ne serait pas contre le fait que les chevaux peints sur sa petite assiette prennent vie, pour ma part, en revanche…
    Bon j’ai voté pour l’endive, pour préserver la fillette! 😀 😀 😀
    À bientôt

    • C’est sûr que « mange vite sinon le renard va sortir de l’assiette », c’est pas un super argument 🙂
      mais Mambo 3 n’a pas tort, des chevaux qui galopent au fond de l’assiette, entre les petits pois….ça peut être tentant.
      en attendant, vive l’endive !!

  5. Leodamgan dit :

    Elle regarde la gueule ouverte du renard et se met à hurler : « il a bougé, il a bougé! » Sa maman lui répond : « Ne cherche pas à détourner l’attention et finis ton assiette! »

  6. domicano dit :

    La queue de renard est sorti de la fissure et se confond avec un bout d’endive braisée que la petite file n’arrive pas à attraper tant elle bouge

    • Belle image, Dominicano ; mais mordre une queue de renard à la sauce d’endive braisée….voilà une expérience à être totalement dégoutté des endives !! et pour le renard, un truc à rester prostré au fond de son assiette jusqu’à la fin des temps ;(

  7. jacou33 dit :

    Je pensais à une version à la Léodamgan.
    Parce que les enfants, c’est bien connu, n’aime pas trop les endives cuites.

  8. Dominique dit :

    Et voilà comment est née la poésie du corbeau et du renard : l’auteur était à l’écoute de ce que lui racontait sa petite fille qui rêvait tout haut de ce qu’elle voyait fond de son assiette…

  9. Leodamgan dit :

    Après s’être fait morigéner par sa maman, la petite fille, un peu boudeuse, gratouilla machinalement la fissure de l’assiette du bout de sa fourchette…

    • Et voilà une autre belle idée… si on ne s’en sert pas dans le prochain épisode, je mets de côté pour un jour ou l’autre 🙂
      Mo, tu devrais écrire des histoires….

  10. Valentyne dit :

    Une reblochonnade pour le prochain repas de Renard ?
    Après les endives braisées , place à la Gastronomie 🙂

  11. Bon, bouclage du vote : zêtes plutôt pour que la fillette hurle et se fasse morigéner par les grands (6 votes), pas mal pour qu’elle contemple l’endive ou gratouille machinalement la fissure de l’assiette du bout de sa fourchette (3 votes chaque) ;
    assez pour qu’elle regarde « l’arbre dessiné par les feuilles d’endives braisées (il ne manque plus que le corbeau et le fromage) : et voilà que le renard ouvre grand la gueule ! N’en croit pas ses yeux. Lit-il dans ses pensées ? » (2 votes) – sauf qu’il y déjà un arbre peint dans l’assiette, les dubitatifs se reporteront au 1er épisode 🙂
    ou pour quelle se bagarre avec le bout d’endive braisée qui se confond avec la remuante queue de renard issue de la fissure (2 votes itou)
    La catalepsie et la rose ont moins de succès -pour l’instant 🙂
    prochain épisode, tout à l’heure !

  12. monesille dit :

    Bon, j’arrive un peu tard pour voter, mais le loup ! je t’avais dit le loup 😀 je me dépeche, je veux aller lire la suite !

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