Le renard dans l’assiette -4

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17/02/2016 par carnetsparesseux

Résumé des épisodes précédents : un petit renard peint dans une assiette s’ennuie sur le vaisselier et se désole, à table, de ne pouvoir goûter les plats. Un jour, poc, son assiette se fissure. Et alors ?

Rien ne changera donc jamais ? Et que pourrait-il arriver, songe le petit renard maussade ? Il contemple les convives déformés à travers la crème glacée qui nappe l’assiette. Quelle  belle brochette de nigauds ! Cela vaut-il la peine d’espérer rejoindre ce petit monde-là ? D’ailleurs, existent-ils vraiment ? Ne sont-ils pas eux-mêmes – et la salle à manger, la cuisine, le vaisselier, et toute la maisonnée – des figures peintes, un joli décor pour seul-Goupil-sait quels autres hôtes ?

Le petit renard en est là de ses réflexions désabusées quand la touffe de poils du bout de sa queue peinte frémit doucement… il n’en croit pas ses poils : voilà  de l’inédit ! Puis c’est au tour de sa moustache de frissonner…. décidément, il se passe quelque chose d’inhabituel : un nouveau frisson parcourt son échine. Non, il ne rêve pas. Mais alors, il y a un courant d’air dans l’assiette ? Un courant d’air qui viendrait de la fissure ? Et quoi d’autre ? Mais pourquoi ce courant d’air est-il si froid ? Le petit renard songe à la crème glacée et s’inquiète : et si elle glisse dans l’interstice, si elle noie le cœur de l’assiette ? Il va finir congelé dans la vanille ! Sa fourrure peinte le protège-t-elle vraiment du froid ?
Et même s’il en réchappe, entre le rôti brûlant de tout à l’heure et le dessert glacé, il pourrait bien attraper un chaud-et-froid… et s’il s’enrhumait ? S’il éternuait ? Alors, la glaçure – déjà fragilisée par la fêlure et qui n’a certainement pas été conçue pour faire face à une surpression interne – volerait certainement en éclat ! Le petit renard a déjà vu des assiettes cassées, et leur sort – éparpillé dans la poubelle ou revenir recollé de guingois après un séjour entre les mains du raccommodeur d’assiette – ne lui fait pas envie.

Mais il n’a pas le temps de faire le tour de la question que voilà de nouveau du nouveau : ses narines frétillent soudain et il a la sensation folle qu’avec l’appel d’air, une senteur – un arôme ? Un parfum ? Une odeur ? Enfin, quoi que ce soit, quelque chose ! – parvient jusqu’à sa truffe !

Affolé d’émotion, il examine l’assiette et découvre qu’une minuscule goutte de crème fondue s’est faufilée par la fissure jusque sous la glaçure et embaume d’une vanille entêtante l’intérieur de l’assiette… Passée la surprise, quelle fête ! Pour le coup, le repas pourrait bien durer jusqu’à la nuit, jusqu’au lendemain, une pleine semaine, le petit renard ne s’en plaindrait pas. Mais les meilleures choses ont une fin – quelle pensée lamentable – et bientôt maître renard se retrouve perché sur son étagère, sans même s’être aperçu du passage obligé dans l’évier.

Ce soir-là, il ne perd certes pas son temps à espionner les hôtes des autres assiettes : il a bien mieux à faire. La nuit passe, blanche, à flairer, humer, renifler au cœur de la porcelaine pour traquer les moindres traces de la vanille – c’est frais, poivré, doux… Au petit matin, il en a épuisé les derniers effluves, remplacés par les odeurs du placard que lui amènent les courants d’air capricieux qui glissent par la fissure : vieux bois – capiteux et lointain souvenir de forêt -, cire encaustique – gras et enivrant – et poussière – un peu acre. A l’aube, la truffe saturée de parfums, rassasié, il s’endort enfin, le cœur en fête, mais aussi avec un léger pincement : et si ce miracle n’était qu’un mirage et ne se reproduisait jamais… si la fissure se rebouchait et qu’il se retrouvait demain coupé du monde, sans odorat ni courant d’air ?

Inquiétude bien hors de propos : il est réveillé dans la matinée par des odeurs de cuisine : fumet aigre-doux du chou qui mijote, senteurs en demi-teinte des pluches de patates et de navets, bouquet léger des fanes de carottes, arômes pincées des épices, muscade, girofle, rudes bouffées de viande rôtie… Quel festin va être le prochain repas ! Décidément, la vie lui sourit ; plein d’espoir, il se répète le proverbe renard qu’il vient d’inventer « où passe un parfum passera un rôti ». Vite, vite, à table !!
La suite dira s’il a raison d’espérer. Ce qui est sûr – et qu’il ignore encore – c’est que ce n’est pas à table que cela arrivera, mais – avec un peu de malice – en cuisine…

* * *

la suite ? là !

Au lecteur d’infléchir la marche du destin, en votant pour une (ou plusieurs) options ou en en proposant d’autres dans les commentaires (elles seront ajoutées dans le sondage). Je rappelle qu’on peut voter plusieurs fois.
La question du jour : « qu’arrivera-t-il donc en cuisine ? »

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31 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -4

  1. gibulène dit :

    Je n’ai pas trouvé les diverses options……. mais voilà qu’en cuisine se mijote un bœuf bourguignon. Notre renard, à l’affût de ces odeurs nouvelles hume, hume, et s’enivre……….

  2. jacou33 dit :

    Ce petit renardeau, fin gourmet, hume avec délice les senteurs, espérant meilleur plat.
    Pourvu qu’à ce moment ne se déclenche une allergie à un des épices!

  3. Valentyne dit :

    La cuisinière pose l’assiette sur la table.
    Et la garnit de pain perdu. Elle tourne le dos pour répondre au téléphone et le petit garçon de la maison (ou la petite fille) dérobe l’assiette pour nourrir ses Playmobil ….

  4. Leodamgan dit :

    Pas de chance, la cuisinière aère en grand la cuisine et le renard éternue. Il s’enrhume et commence à avoir le nez bouché…

  5. C’est quoi la bouffe des Playmobil ? Je suis curieuse de le savoir ! Des fruits en plastique ?

    • Importante question ; j’image que oui (des fruits en plastique), mais pas seulement ; surement aussi des rôtis en plastique, des légumes en plastique, des choucroutes en plastique, des entremets en plastique..
      c’est sur le chapitre de la boisson que je suis plus circonspect
      🙂

  6. emilieberd dit :

    Vu l’ambiance grippée à la maison, j’ai voté pour le rhume!
    Sinon l’histoire du pain perdu me disait bien, mais les playmo m’ont fait reculés (trop près de mon quotidien depuis des années et des années (pour paraphraser quelqu’un)😄

  7. emilieberd dit :

    ReculeR, bien sûr!

  8. monesille dit :

    Ah , je languissais d’arriver au week end pour pouvoir venir lire la suite ! j’aime bien l’idée de Valentyne ! le pain ne sera pas perdu pour tout le monde.
    Bises

  9. jobougon dit :

    Après avoir séché longuement sur une recherche de suite, je me suis dit que renardeau une fois aéré finirait bien par sécher aussi, laissant son pelage zébré par les craquelures du vernis qui imperturbablement viendront fendiller la peinture. Dorénavant moucheté, renardeau prend les couleurs d’une girafe…
    Idée repiquée sur le célèbre ouvrage de Jean d’Orfèvre Lormesson « L’Acafrémie Dançaise de la girafe ».

  10. Bon, je boucle le sondage ; vous êtes majoritairement pour le pain perdu et le vol d’assiette, pour les courants d’air et la Fontaine, le renard ivre de parfums ; moins pour l’allergie, la grève de fourneau et les repas froids
    🙂
    et encore merci pour votre participation et toutes ces suggestions !! Le cinquième épisode ? ce soir ou demain matin.

  11. mariejo64 dit :

    je reprends espoir la baguette dont je parlais plus bas n’est pas loin ! Je le savais, il y a de la magie dans l’air !

  12. burntoast4460 dit :

    La nuit, le renard s’évade grâce aux craquelures et mange le cochon d’Inde de la famille, puis retourne discrètement dans l’assiette (si je puis m’exprimer ainsi)..

    • Ingénieux ; mais au troisième ou quatrième cochon d’Inde remplacé et redisparu, la famille va peut-être se poser des questions… sans même parler des écaillures d’assiette retrouvées dans la cage vide !
      😉

  13. J’espère seulement que Carglass ne va pas venir gâcher la fête… Elle est grande comment cette fissure ?… Parce que…

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