Le renard dans l’assiette -1

49

03/02/2016 par carnetsparesseux

Il était une fois une assiette.
C’était une assiette plutôt banale, comme il y en a des douzaines chez les marchands de vaisselle, dans les placards des salles à manger et sur les tables, bien sûr, au moment du repas. Une assiette ronde et blanche, un peu creuse – sans être du modèle dit à-soupe – il ne faut rien exagérer.
Cette assiette a tout de même un signe distinctif : elle s’orne d’un petit renard roux. C’est qu’elle fait partie d’un service décoré des animaux de la basse-cour comme des bêtes des champs et des bois : ses commères portent qui un mouton bêlant silencieusement, qui un poulet qui picore, qui un cochon dans sa bauge, qui encore un canard flottant sur une mare miniature, et même un loup rôdant au milieu d’un bois.
Si l’assiette ne trouve rien à redire à sa vie d’assiette – inégalement partagée entre les longs séjours perchée sur le vaisselier de l’arrière-cuisine, les moments sur la table de la salle à manger et le plongeon dans l’eau de vaisselle avant d’être plus ou moins vigoureusement torchonnée et derechef remisée dans l’arrière-cuisine – il n’en est pas de même du renard.
Ce renard, bien sûr, n’est pas un vrai renard, puisque c’est un renard peint. C’est même une figure vite esquissée – en quatre ou cinq coups de pinceau – assise sous un arbre – quatre traits de vernis brun et trois taches vert sombre – près d’un buisson – une tache vert clair. Une figure peinte, comme le mouton, le poulet, le cochon le canard et le loup qui ornent le reste du service. Mais si les autres membres de cette petite ménagerie sur porcelaine semblent totalement inertes et parfaitement décoratifs – ce qui est bien normal – il n’en est pas tout à fait de même pour notre renard. Il faut croire que le peintre a vraiment songé à un renard quand il l’a tracé au fond de l’assiette ; ou alors, c’est quelque chose dans le vernis, ou dans la cuisson de l’assiette, ou autre chose encore ; quoi qu’il en soit, il a beau n’être qu’un petit renard peint, il n’en a pas moins des aspirations, des rêves. Des rêves de renard, bien entendus : dormir, courir, guetter, feindre, ruser, bondir… et manger ! Car sous la fine couche de peinture qui le figure gîtent curiosité et faim impérieuse – comme chez tout renard digne de ce nom.
Le petit renard peint supporte tant bien que mal d’être cloîtré dans l’obscurité de la resserre et fait de son mieux pour prendre son mal en patience. Des heures durant, en haut du vaisselier où leurs assiettes sont alignées, il surveille le mouton, louche sur les poulets et le canard, estime le dodu et le poids du cochon, tout en gardant un œil prudent sur le loup. Sur l’étagère d’en-dessous, se trouvent une soupière et des saucières. Celle-ci est plus grande et plus ventrue que les assiettes ; celles-là ont des formes plus contournées. Toutes ont de plus riches décors qu’il contemple avec envie. La soupière surtout, sur la panse de laquelle danse une farandole d’animaux trottant à qui-mieux-mieux. Le petit renard de trouver que le monde est bien injuste : il aimerait bien prendre place dans la ronde plutôt que se morfondre, solitaire, dans son assiette…

Mais la vie – même celle d’une assiette, même celle d’un renard peint – ne se limite pas à une étagère de vaisselier !

* * *

à suivre, ici !

En attendant le printemps, voilà un petit feuilleton avec un renard… Comme d’habitude, au lecteur d’infléchir la marche du destin (et la suite de l’histoire). Il suffit de choisir une des options ou d’en proposer d’autres dans les commentaires (elles seront ajoutées dans le sondage).
La question du jour : à votre avis, qu’est-ce qui attend renard et assiette hors du vaisselier ?

Publicités

49 réflexions sur “Le renard dans l’assiette -1

  1. Dominique dit :

    Si ce n’est pas un interminable feuilleton, je suivrai… Pour le moment ça va ! Je dois pouvoir retrouver ds mes billets une histoire d’assiette un peu similaire, mais ça ne concernait pas un renard, c’était plus « dramatique » ! J’ai voté ! @ plusss !

  2. gibulène dit :

    Un jour, attiré par une odeur particulièrement alléchante, il n’y tient plus et veut sortir de son assiette……………

  3. walachniewicz dit :

    oui je l’imagine orpheline de son renard la belle assiette. Beau commencement d’histoire que ce renard dans l’assiette…

    • Merci Walachniewicz ; orpheline, l’assiette ? mais qui dit qu’il va partir, le renard ? Et puis elle a cinq soeurs sur l’étagère (d’accord, ça n’empêche pas d’être orphelin)….

  4. Nounedeb dit :

    Mais voici qu’un beau jour, on verse dans l’ assiette à calotte (car c’en est peut-être une, n’est-ce pas? puisque pas vraiment creuse ), juste sur le rusé renard, une cuisse de poule dorée et bien croquante…

    • la cuisse de poulet dorée et croquante, c’est notée !
      et mais oui, c’est une assiette à calotte (je ne connaissais pas, chouette j’ai appris un mot)
      Merci Nounedeb

      • Nounedeb dit :

        A ne pas confondre avec le plat à barbe, qui, lui, peut servir de casque (voir Don Quichotte, et, si tu aimes la musique, « Don Quichotte chez la duchesse » par Hervé Niquet)
        Hum, je m’égare. Désolée, quoique…

  5. emilieberd dit :

    Pourquoi j’ai l’impression que ce renard va avoir un dessin tragique? Magique, je l’espère en tout cas…pour moi (en tant que lectrice)!
    J’ai voté!

  6. Lucie dit :

    Je suis restée sur un renard qui danse. Allez savoir pourquoi !

    • le souvenir d’un renard japonais en ivoire, peut-être ? 😉
      Mais le petit renard peint danse aussi, dans le vaisselier (enfin, il danserait s’il pouvait bouger…. )

  7. Un texte amusant et intriguant, qui touche au merveilleux par moment! Il me tarde de lire la suite!

  8. Dominique dit :

    Un jour, alors que la nuit le renard quitte son assiette (qui lui sert de tanière) y’a 2 « n » ??? bref ce n’est pas le sujet. le renard quittant son assiette s’y retrouve dedans le lendemain en tant que belle tranche de rôti.C’était la saison de la chasse ds un pays où le renard se traque la nuit (au lemparo) et se mange en sauce au vin, et surtout pendant laquelle il ne fallait pas quitter sa tanière !
    A toi ! 😀

  9. jobougon dit :

    J’imagine que le service en porcelaine sert au repas de toute une famille, et que, dans les familles, chacun a des préférences pour telle ou telle assiette. Ce qui me conduit directement à imaginer qu’un des enfants de la famille, prénommons le Ronald, ait une préférence pour le renard assis sous son arbre et lui serve régulièrement des petits morceaux de son repas en rêvant que le renard sorte un jour de son assiette pour venir jouer avec lui. 🙂

  10. Ai voté. Quoiqu’il arrive, je prends l’assiette pour suivre les aventures du filou rusé roux bien évidemment attiré par la cuisse ronde, luisante, dorée, juteuse, d’une belle grosse poule entière et bien vivante. Je le sais, je viens de lui toucher deux mots de cette histoire-là !

    • Merci Anne ; le renard, amoureux d’une poule ? Mais où en aurait-il vu, depuis son vaisselier ? Mais je note l’idée…
      Et attention, quand on commence à discuter avec les petits dessins au fond de l’assiette….:)

  11. Leodamgan dit :

    Je ne vais pas rajouter des possibilités, il y a déjà de quoi voter, d’autant que j’arrive ici fortement en retard (toutes mes confuses…).
    J’ai fait deux choix.

    • Mais non, aucun retard, on vient ici quand on veut et toujours bienvenue !
      Et puis il y aura d’autres épisodes, donc d’autres possibilités de possibilités (si j’ose dire)

  12. laurence délis dit :

    Les histoires de vaisselle, ce n’est pas ma tasse de thé. 😉 Mais la curiosité est la plus forte. 🙂
    Et quelle écriture ! Un grand plaisir de lecture, ça ne se boude pas !

  13. domicano dit :

    un jour de grande tempête ou de tremblement de terre, le buffet se renverse et les assiettes avec. Voilà toute la basse cour et autres animaux libérés de leurs assiettes éparpillées en morceaux. Mais faut que chacun retrouve ses bons morceaux pour ne pas faire un tableau à la Bruguel, une poule avec un nez de cochon ou pire, un renard avec une queue de souris.

    • Alors, vlan! dès le 2e épisode, on flanque l’armoire par terre et on casse la vaisselle façon puzzle !!
      pourquoi pas ?
      mais faudra prévoir de la colle en tubes…
      🙂

  14. monesille dit :

    Je vote, je suis trop fatiguée pour trouver une meilleure idée que celles déjà évoquées. Quoiqu’un wapiti…
    Bises

  15. Une petite faune immobile…

  16. Merci à tous-et-toutes ! je ferme le sondage pour préparer le deuxième épisode, prévu pour demain.
    A priori, vous êtes plutôt pour que chacun (et surtout les mômes) ait son assiette attitrée ; que le renard soit en proie à la tentation (odeur particulièrement alléchante ou vue d’une poule dorée et croquante) ;
    et moins pour le vaste monde qui parait trop vaste, le renard cuit – trop dur à manger – et la grande tempête qui casse les assiette – trop tempêtueuse (mais c’était une jolie idée).
    Ce qui va en sortir ? on verra demain !

  17. Asphodèle dit :

    Rhaaa un feuilleton et j’espère qu’il sera « interminable » justement !!! 😉 J’ai lu les deux épisodes, yesss ! C’est extra cette histoire de renard dans l’assiette, ça me rappelle des déjeuners « interminables » chez une tante qui avait des services comme ça qui « racontaient des histoires » disons que je devais m’en raconter pour que le temps passe plus vite ! Hâte de voir comment tu vas réussir à le faire sortir de son assiette ! 😉

    • Hé oui, un feuilleton ; j’aime beaucoup en lire, et peut-être encore plus en écrire, surtout avec l’aide des lecteurs… Toi qui a eu des assiettes « à histoire », peut-être connais-tu déjà la fin de celle de l’assiette-au-renard ?
      Le renard va-t-il sortir de l’assiette ? c’est tentant, mais faut voir ; c’est déjà un joli cirque, une assiette. Et puis faut trouver un moyen de le sortir en bon état, ni dissous, ni en miette…
      Je peux toujours commencer un épisode comme ça :  » Un beau matin, le renard sortit de l’assiette et fit un tour dans la cuisine… »
      (pourquoi toujours expliquer ?)
      🙂

      • Asphodèle dit :

        Oui je me souviens d’assiettes avec des personnages qui parlaient (souvent en patois d’ailleurs), je devais me faire expliquer pour comprendre sauf quand il s’agissait d’amoureux, de bergers et de bergères transies, en général je pigeais le sens de suite ! 😀 Quant à ta proposition finale, je suis tout à fait d’accord, c’est aussi le propre des contes de ne rien avoir à justifier et de permettre des fantaisies les plus folles ! Alors fais comme tu le sens aussi, ça nous réserve de beaux épisodes ! 😉

  18. burntoast4460 dit :

    Si le renard savait qu’il a été peint par un des grands maîtres de la céramique de Tabriz, il ne se plaindrait pas.

  19. mariejo64 dit :

    j’arrive à l’instant, comme un cheveu sur la soupe, et j’adore déjà ce renard ! Surtout lorsqu’il louche plus ou moins ostensiblement sur les animaux qui l’entourent ! Je me réserve une petite plage de liberté demain pour lire la suite. Pour l’heure, il se fait tard, mes yeux se ferment tous seuls ! À demain.

  20. Hum !!! j’ai peut être raté quelque chose ces derniers temps… Moi qui pensais qu’il fallait des lunettes à rayons X pour juger du dodu et du poids !!

    • Il faut considérer 1/que les propriétés optiques de la glaçure sur porcelaine n’ont pas été sérieusement étudié par la science occidentale ; 2/ que le regard d’un renard peint voit des trucs qu’on imagine à peine ; 3/ si c’est écrit, ça doit être vrai.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :