La Tortue et le Lièvre

11

10/07/2014 par carnetsparesseux

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
La Tortue et le Lièvre en sont un témoignage.
– « Gageons, dit l’un des deux, que vous n’atteindrez point
Si tôt que moi ce but. »
-« Si tôt ? »
-« Etes-vous sage ? »
Ainsi naquit la brouille entre les deux compères
Qui jusqu’à ce matin s’entendaient comme frères.
Depuis, Dame Tortue s’épuise à arpenter la lande ;
Le Lièvre remet son départ aux calendes :
Boudant en son boudoir, le vif animal,
Peu soucieux de gagner une course inégale
Laisse sa piètre et têtue adversaire
Trotter vers le trophée de lierre.
Levant l’œil soudain, il voit la Tortue
S’arrêter à trois pattes du but.
A trop forcer son train de sénateur,
La commère cale son moteur (arrêt du cœur ?)
Et sous sa carapace voit défiler sa vie.
Lièvre part comme un trait ; Les efforts qu’il fit
-Et quatre graines d’ellébore- ranimèrent la malade.
Une fois que ses bons soins ont réduit le tangage
Et que la rescapée peut goûter une salade,
Lièvre lui tient à peu près ce langage :
– « Amie tortue, quelle étrange raison
Vous faisait galoper portant votre maison ?
Cours-je avec mon gite ? la niche suit-elle le chien ?
Quel oiseau vole avec le nid qui l’abrite ?
-Exceptons s’il vous plait le beau Bernard l’hermite-
Pourquoi faire tant d’effort ? à quoi bon tant de hâte ?
Rien ne sert de mourir : on part toujours à temps,
Il vaut mieux prendre soin et de soi et des siens,
Vivre bien et longtemps.
Et, s’il faut courir… avoir de longues pattes ».

* * *

Et si les héros échangeaient leur place ? Voici une neuvième fable de Jean de La Fontaine « retournée » ; il s’agit de la dixième fable du sixième livre, dont la version originale est visible sur le site du musée Jean de la Fontaine à Chateau-Thierry. Les huit fables déjà retournées  sont rangées là ; on les trouve aussi ici, avec les autres textes « retournés ».

Publicités

11 réflexions sur “La Tortue et le Lièvre

  1. C’est très plaisant… et plein de morale !!!

  2. Valentyne dit :

    J’ai très bien vu la tortue galoper 🙂
    Je m’en vais voir ces fables retournées de mon train de sénateur 🙂

  3. Milton dit :

    Très belle morale et le lièvre devient fort sympathique dans cette version.
    Bravo Poète !

    • Merci !
      j’avoue que j’ai bien aimé découvrir cette vocation de secouriste chez le lièvre (avec de l’ellebore dans sa trousse d’urgentiste) .
      Mais j’espère que la tortue ne parait pas antipathique par ma faute, juste un peu têtue.

  4. Nounedeb dit :

    Mais ne manque-t-il pas, au Bernard, une patte?

  5. lise dit :

    je me sens tellement tortue courante par les chemins caillouteux – auriez-vous trois grains d’ellébore ? un bel exercice de style.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :