La petite Poucette (3)

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26/01/2014 par carnetsparesseux

L’Ogre était bien d’accord avec sa femme et bien malheureux d’avoir égaré sept filles en voulant en perdre une seule. Car les ogres peuvent être aussi sentimentaux que n’importe qui. Voyant sa tristesse, l’Ogresse lui dit :
– L’Ogre, pendant que vous étiez en forêt, le seigneur du village nous a fait livrer dix carcasses de vaches crevées depuis si longtemps qu’il désespérait de les vendre en ville. Mangeons-donc, ça sera toujours ça de fait.

Sur ce point là aussi, l’Ogre se trouva bien d’accord avec sa femme. Mais, tandis qu’ils mangeaient, ils entendirent tambouriner à la porte et six petites voix chantant :
-Nous voici, lalali, nous voilà, lalala.

L’Ogresse alla ouvrir, et vit les sept petites ogresses qui se tenaient près de la porte. Ça alors, quelle surprise ! Elle fit entrer les fillettes (tiens, la petite Poucette était là, même pas capable de se perdre toute seule, celle-là) et toutes se mirent à table en babillant et mangèrent d’un appétit qui faisait plaisir à voir. Mais comment était-ce possible ?
Voilà ce qui s’était passé. Pendant que l’Ogre faisait la sieste, les fillettes avaient essayé d’attraper des écureuils et des campagnols pour jouer à mâche-mâche avec. Mais la chasse avait été vaine et l’amusement réduit, car ça faisait longtemps que les bêtes de la forêt avaient abandonné le secteur, ayant bien notés que la proximité de la maison de l’Ogre étant plutôt incompatible avec une vie paisible d’animal de la forêt. Bientôt lassées, les petites ogresses revinrent à la clairière pour découvrir que leur ogre de père avait disparu. Alors, les filles se virent seules et elles se mirent à crier et à pleurer de toute leur force (c’était des filles). La petite Poucette les laissa crier un moment, sachant bien par où revenir à la maison ; car en venant, pendant que les autres chantaient, elle avait mangé les côtes de porc panées qu’elle avait dans ses poches, et laissé tomber les petits os blancs bien rongés le long du chemin. Elle leur dit donc :
– Ne craignez point, mes soeurs ; je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement. C’était la plus longue phrase qu’on l’avait entendu prononcer de mémoire d’ogre ; saisies, ses aînées la suivirent en chantant :

– Un, deux, trois, reprends du gras,
quatre, cinq, six, de la saucisse,
sept huit, neuf, une tranche de bœuf,
dix, onze douze, tiens, des fraises !

Et d’os de côtelette en os de côtelette, elle les ramena jusqu’à leur maison par le même chemin qu’elles avaient pris à l’aller.
L’Ogre et l’Ogresse furent bien heureux de revoir leurs fillettes et, pour remercier la petite Poucette, lui donnèrent les meilleurs morceaux des carcasses de vache. L’Ogresse lui donna même, en cachette, des saucisses, du boudin et d’autres friandises. Ses sœurs ne furent pas en reste, qui s’évertuèrent à lui chanter des chansons, conter des comptines et deviner des devinettes. Mais c’était en vain. La petite mangeait, mais ne grandissait pas, ne profitait pas, ne rosissait pas, et ne chantait ni ne parlait pas plus qu’avant.

La joie dura jusqu’à la dernière carcasse de vache. Après quoi l’Ogre et l’Ogresse, cruellement déçus par leur cadette, retombèrent dans leur premier chagrin et résolurent de la perdre encore (leur cadette, pas la carcasse), et pour ne pas manquer leur coup, d’aller bien plus loin que la première fois. L’Ogresse conseilla à l’Ogre de prendre la précaution d’encorder ses six ainées avec une longue ficelle pour ne pas les égarer une nouvelle fois. Au matin, une fois sur le pas de la porte, l’Ogre sortit une longue ficelle de sa poche et expliqua à ses filles qu’il allait les encorder pour ne pas les égarer une nouvelle fois en forêt. Les ainées battirent des mains devant cette idée nouvelle ; la cadette ne dit rien (comme elle ne disait généralement rien, personne ne le remarqua. Au surplus, elle était occupée à rouler dans sa poche le chapelet de saucisses qu’elle avait pris pour la route). Par précaution, l’Ogre fit plusieurs tours de ficelle autour de chaque fillette. Mais, une fois la sixième ficelée, on s’aperçut que la ficelle était un peu trop courte et qu’il ne restait pas de quoi faire même une boucle autour de la cadette ! Qu’à cela ne tienne, l’Ogre demanda à la petite Poucette de bien serrer le bout de la ficelle dans sa main, et en route.

à suivre par ici…

…et par-là, les épisode(s) précédent(s)

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2 réflexions sur “La petite Poucette (3)

  1. Valentyne dit :

    Très drôle cette histoire 🙂

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